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Mohamed Bahaz – Dialogue avec un artiste

Il a appris à danser très jeune avec sa grand-mère organisatrice des « derdeba ». Elle était une mâalema (maîtresse) de ce qu’on appelle, aujourd’hui, la musique Gnawi. Aujourd’hui, il perpétue la tradition loin des médias et des événements spectaculaires. Pour lui, le gnawa est partie intégrante de notre culture, pas un simple effet de mode.

Par Abdenour Zahzah

behaz17Il a à peu près le même âge que Rachid Boudjedra et Denis Martinez. Il connaît ce dernier depuis le fameux train culturel de 1965. Un train bourré d’artistes qui s’arrêtait dans toutes les gares entre Alger et Oran. Et quels artistes: Mohamed El Anka, M’hamed Issiakhem, Kateb Yacine, Fadela D’ziria, etc. ; un train qui passe une fois dans la vie quoi ! Il était « conduit » par Mohamed Boudia. De ce jour, il garde une belle photo avec le cardinal. Il était habillé d’un beau costume alpaga dont le gris métallisé a gardé toute sa brillance malgré le vieux cliché. Il était dans ce train culturel parce qu’il était danseur et avait fait partie du premier ballet national qu’il a quitté très vite à cause « d’une erreur de jeunesse », dit-il. (Pour moi, au contraire, ce n’était pas une erreur mais une histoire de drague très polie). Il a appris à danser très jeune avec sa grand-mère organisatrice des « derdeba ». Elle était une mâalema (maîtresse) de ce qu’on appelle aujourd’hui, la musique Gnawi. Aujourd’hui, il perpétue la tradition loin des médias et des événements spectaculaires. Il n’est pas contre le spectacle, au contraire. Il est même très reconnaissant envers les gens, artistes et organisateurs, qui s’intéressent à la musique Gnawi. En cette chaude journée d’été, nous sommes allé à sa rencontre, dans sa modeste maison, sur les rives de l’oued Sidi El K’bir.

Qu’est ce que vous faites, Mohamed ?

Je fabrique des goumbris. (Instrument à trois cordes produisant un son de basse)

Pourquoi, vous n’en avez plus ?

Si, mais je fabrique quand même. Je m’ennuie en ce moment. J’en vends aussi.

Vous les fabriquez avec quoi ?

Les cordes c’est des boyaux de bouc qu’il faut laisser sécher. Après, je les malaxe et les roule avec la paume des mains jusqu’à ce qu’ils deviennent durs. La peau fermée du Goumbri est une peau de bête également que j’ajuste sur du bois que je coupe chez le menuisier. Le manche est un manche à ballet. Il faut qu’il soit plus ou moins long. Enfin, les décorations, je les choisis chez les merciers. Je fabrique mes tambours aussi que je décore ensuite avec du henné. (Au moment où il me parle, il ordonne à son fils Billal de l’aider dans sa tâche. Billal est un excellent instrumentiste par ailleurs)

Vous avez toujours vécu de votre art et de votre artisanat ?

Survécu vous voulez dire.

Oui, presque toujours. J’ai travaillé également à la Société nationale des transports de voyageurs, la défunte SNTV.

Et vous êtes très sollicité pour animer des concerts ?

Non, très peu. Mais je n’attends pas qu’on m’appelle pour monter sur scène. Je joue en compagnie de mes enfants dans les rues également. Je joue à Alger, ensuite je pars à Constantine. Après je me déplace à Oran et Annaba et ainsi de suite. Si j’avais attendu la scène, je n’aurai pas nourri ma famille d’autant plus que la scène algérienne préfère la musique andalouse ou la musique orientale. C’est plus noble. Nous, c’est la rue. Ce n’est que grâce à Karim Ziad, que je remercie au passage pour ce qu’il fait par ailleurs, que la musique des Gnawas a sorti la tête de l’eau.

Et pourquoi, pensez-vous, la scène n’aime pas la musique gnawi ?

Je ne sais pas. J’ai entendu dire que notre musique est originaire du Soudan et donc, étrangère. On préfère celle qui vient d’Espagne… le Nord… le Sud. Vous savez ces choses là, non ?

Pourquoi, qu’a-t-elle la scène algérienne contre le Soudan ?

Je ne sais pas. Le plus beau, c’est que je croyais vraiment que notre musique venait du soudan et cela jusqu’à l’avènement de la parabole. Je regarde sans arrêt la télévision soudanaise et jamais je n’ai vu ou entendu la musique que je pratique…

On dit Baba Salem aussi.

On dit beaucoup de chose…

Vous, vous êtes né à Blida ?

Au quartier Douiret -où sont nés presque tous les Blidéens d’avant 1962- mais on me demande toujours mes origines. Quant on est noir, on ne peut être du Nord de l’Algérie. On vient forcément d’ailleurs.

Et d’où vient la musique Gnawi ? Vous le savez ?

Bien sûr que je le sais puisqu’elle vient de chez mon père. Et mon père l’a apprise de chez sa mère que j’ai connue. Et moi, je joue avec mes enfants. Mais avant ma grand-mère, qui, elle, l’a fort probablement apprise de son père ou de sa mère, je ne sais pas. Il faut demander à mon cousin, Salim Khiat. Il est chercheur anthropologue au CNRPAH.

Et comment elle s’est perpétuée cette musique ?

On n’anime nos fêtes familiales qu’avec cette musique. Dans le temps, on pratiquait aussi la procession jusqu’à Sidi El K’bir, le wali de Blida. On cotisait pour acheter un veau qu’on décorait. Les femmes roulaient le couscous pendant des jours. Et puis on montait faire la Wâada -la fête du partage- dans le marabout de Sidi El K’bir. On partait de Zenquet El Ouesfane -littéralement chemin des noirs-. Et puis on parcourait toutes les rues de la ville avant de commencer la procession. Devant, les hommes tenaient les s’najek -pluriel de Senjak qui veut dire grand drapeau- dans toutes les couleurs. Ensuite, suivent le veau, les musiciens, les femmes, les enfants. C’était beau de voir beaucoup de monde marcher et chanter en même temps.

Zenquet El Ouesfane est perpendiculaire à l’ex-rue d’Alger ?

Elle s’appelait comme ça. Une rue où n’habitaient que les noirs. Blida était très compartimentée. Il y avait la rue des juifs. Le quartier indigène. Les quartiers des Européens. Chaque quartier avait ses propres marchés, ses lieux de culte aussi. Pendant le jour, tout le monde pouvait se balader partout mais la nuit chaqu’un reconnaissait son territoire.

Après il y a eu l’indépendance.

Oui, je vous ai raconté le train culturel. J’étais fier aussi de participer au film la Bataille d’Alger même si le réalisateur -Gillo Pontecorvo- ne m’a pas cité dans le générique. Pour lui c’était juste du folklore algérien alors qu’il a utilisé la musique des karkabous (les castagnettes) pour accentuer le suspense.

C’était la séquence où les femmes changent de look pour se préparer à poser les bombes dans les quartiers européens d’Alger. Par contre, j’étais très bien payé à l’époque. On a enregistré dans les locaux de Casbah Film -l’ex-ministère des finances. Place de la Maurétanie. Alger-

Et aujourd’hui, vous êtes toujours bien payé pour vos représentations ?

Cela dépend. Ce qui est à déplorer par contre, c’est la lenteur de l’administration à débloquer les cachets des artistes. Moi, je peux toujours patienter mais je ne suis pas seul, je fais appel à plusieurs musiciens qui viennent de loin parfois et, eux, ils ne peuvent pas comprendre que l’administration est lente. Il y a des spectacles que j’ai donnés et dont j’attends le payement depuis plus d’une année !

Et c’est quoi l’histoire de la musique Gnawi ?

Un jour que je travaillais dans les cars, c’était en 1972, je me souviens, on a débarqué à Ghardaïa. Je suis allé visiter un peu la ville. J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup d’enseignes de magasins avec le même nom que mon patronyme. Ma curiosité m’a amené à rencontrer le vieux patron. Parce que je savais que mes grands-parents habitaient Ghardaïa. Au fait, notre rencontre était très courte.

Très vite, il a su qui étaient mes grands-parents puisque c’est ma grand-mère qui le berçait pour qu’il fasse sa sieste lorsqu’il était enfant. Voilà, ce n’étais pas une coïncidence notre nom commun. Voilà mon histoire. Notre histoire…

Pourquoi vous vous êtes mis à parler en français ?

Pour que le gosse ne comprenne pas ce que je dis.

Vous en avez d’autres enfants ?

Les aînés ont presque le même âge que moi. Je les ai eus à 17 ans.
Vous vous êtes marié à 17 ans ?

Non, à 16 ans ! Je jouais au ballon dans le quartier quand mon père m’a appelé. Il y avait la fête à la maison. Ma fête de mariage ! À 17 ans, ma photo était dans la presse locale. J’ai eu des triplés. Deux garçons et une fille. Cette dernière est morte lors de ses premières couches. Je l’ai enterrée à Ghardaïa où elle s’était mariée. Les deux garçons jouent toujours avec moi. Les deux derniers aussi. Ils ont 20 ans ! J’ai mis dans mon groupe aussi des jeunes d’Alger -qui ne sont pas noirs- qui jouent du djembé. J’aime bien essayer de nouvelles sonorités dans ma musique. Je veux également casser cette image que notre musique ne peut être jouée que par les noirs. Ce n’est pas vrai. On peut jouer la musique gnawi même ne possédant pas la culture gnawi.

Et la danse ?

La danse c’est autre chose. Il y a la technique. Il y a la souplesse aussi. Pour danser il faut avoir 17 ans. Moi, quand je danse, j’ai 17 ans malgré mes 66. Mon fils Billal qui a réellement 17 ans, ne peut pas la danser. Lui aime le hip-hop. Mais je trouve qu’il est déjà un peu gros pour danser.

Vous pensez que la musique Gnawi a de l’avenir ou c’est juste un phénomène de mode ?

Nous qui somme issus de la culture Gnawi, on n’est pas influencé par la mode. C’est bien que les karkabous soient à la mode mais cela ne change rien à notre culture. Notre musique est partagée par tout le Maghreb surtout au Maroc où elle est considérée comme partie prenante de la culture nationale. Les Marocains sont très fiers de vivre avec. En Algérie, on entretient avec les gnawas, plutôt des rapports un peu ambigus. On l’aime mais en même temps on n’est pas très à l’aise pour l’exposer alors qu’elle est présente dans les 48 wilayas de l’Algérie. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. Cela commence un peu à changer ces dernières années mais il y a encore beaucoup de progrès à faire.

Et donc vous avez 66 ans ?

Mohamed Bahaz, né le 10 avril 1942 à Blida.

http://espritbavard.com/?p=article_detail&lang=fr&article_id=192

Radio Hchicha

avril 21st, 2009

Vos Commentaires

3 Comments

  1. da snitra says:

    Les vrais artistes vivent anonymes . Merci Hchicha pour tout le travail que tu fais et zkara fi el haggarine. On nous bourre les oreilles à longueur d’année avec leur zik orientale et on dénigre notre culture aficaine.

  2. hchicha says:

    On ne peut pas le dire mieux que ça sahby! Vive l’afrique et les africains d’ici et de la-bas 😉

    Merci pour ton passage par ici, et spéciale dédicace à toi sek sek fel messak :) :)

  3. Yamizay says:

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