Hommage à Abdelkader Alloula à Oran

Monsieur Abdelkader ALLOULA a été assassiné le 10 mars 1994 à 21h30.

Le Théâtre d’Oran Abdelkader ALLOULA organise avec la collaboration de la Fondation Abdelkader ALLOULA une journée d’hommage au défunt et ceci le 14 mars 2010 avec le programme suivant :

– A 10H : exposition photos et affiches de l’œuvre dramatique de Alloula avec projection du documentaire « yaoumyate »,
– A 10H30′ : Lecture en amazigh de la pièce théâtrale « ET’TEFFEH » par Samir Zemmouri,
– A 15H : Table-ronde « L’après Alloula… » animée par *Lakhdar Mansouri*- Chargé de Cours à l’Université d’Oran avec les Intervenants :

– *Medkour Berezoug* – Enseignant chercheur à l’université de Saida
– *Harat Souad* – Chargée de cours à l’Université de Relizane.
– *Ghribi Abdelkarim *- Enseignant chercheur à l’Université de Mostaganem.

Suivi d’un débat autour de l’approche de l’œuvre de Alloula par les troupes et les jeunes amateurs.

-A 17H30′ : Représentation « ET’TEFFEH » par la Coopérative Le Triangle Ouvert

Tournée artistique de la chanteuse Djazia Satour

Djazia SatourDjazia Satour connaissez-vous ? Certainement pas. Et Pourtant elle est la soeur plutôt la demi- sœur de son frère, Amazigh Kateb, le fils de son père, Kateb Yacine. En Algérie, cette chanteuse est très peu connue, pour ne pas dire qu’elle est tout simplement inconnue. Djazia Satour n’a animé aucun spectacle chez nous, elle n’a édité aucune chanson chez nos maisons d’édition, forcément elle demeure une illustre inconnue d’autant que sa carrière relativement courte ne l’a pas encore menée au firmament de façon à ce que son nom nous parvienne d’ailleurs comme un météore.

Elle était en concert le 23 février dernier a Annonay dans le cadre du Festival Région en Scène. Elle sera dès le 23 mars prochain sur la scène de Nyons à la salle des Fêtes de Vinsobres, Place de l’Eglise. Le 26 mars de nouveau elle montera au théâtre de l’Aube en Condorcet. Djazia Satour est né en 1980 en Algérie, la contrée qu’elle quitte au même titre que son demi-frère Amazigh, à l’adolescence. Ses apprentissages, elle les fera d’abord avec Gnawa Diffusion, le groupe d’Amazigh qu’il a d’ailleurs dissous en 2007 pour suivre une carrière solo. Après un passage plutôt bref chez Gnawa, Djazia Satour se faire remarquer par des interprétations lancinantes et un répertoire entre soul acoustique et trip hop au sein du groupe grenoblois Mig. Créé au tournant 2000, avec Pierre Martin (bass, percu, prog.) et Mathieu Goust (drums, percu prog.), le groupe publie un maxi 6 titres éponymes (2001), se produit en tournée et apparaît en première partie de Sinsemilia, des Cranberries ou de Dyonisos. L’album Dhikrayat (2004), réalisé en collaboration avec Fred Monestier et vendu à plus de 15000 exemplaires, puis Yamatna (2006), achèvent d’imposer la voix de Djazia Satour sur des compositions electro soul feutrées, mêlant instruments acoustiques, couleurs électroniques et des textes chantés en anglais, en arabe et en français.

Récemment invitée en résidence en Rhône-Alpes, Djazia Satour a croisé la route de Ben Richou, Simon Bacroix, Stéphane Ploto et Rémi D’Aversa, avec lesquels elle se produit aujourd’hui tout en préparant un album. Leader et chanteuse charismatique du groupe MIG, Djazia Satour a révélé son talent par des interprétations empreintes d’une sensibilité électro/soul portées par une voix et une présence saisissantes. Aujourd’hui, Djazia Satour, entourée de 4 musiciens, nous revient avec un répertoire flirtant entre soul acoustique et trip-hop coloré. Continuant de s’affranchir des frontières musicales, elle mêle à son chant des sonorités arabes, mais aussi, hip-hop ou jazz créant des variations inattendues. Subtilité des compositions qui servent d’écrin soyeux à son timbre désarmant et intense. Un univers à la fois stimulant et mélancolique, porté par un profond désir de liberté. Plus ensorcelante et divine que jamais…. L’aventure MIG a pris fin.

Chacun des membres a décidé de se consacrer à de nouveaux projets musicaux.

Djazia a préparé son retour sur scène, avec de nouvelles compositions dont certaines sont en écoute sur www.myspace.com/djaziasatour. Avec ses 4 musiciens elle présente un répertoire entre soul acoustique et trip hop coloré. Elle associe à son chant des sonorités hip hop et jazz, créant ainsi des variations inattendues. La subtilité des compositions servent précisément son timbre de voix.

Rebouh H.

www.myspace.com/djaziasatour

http://www.lemaghrebdz.com/lire.php?id=24192

BRAHIM SACI: « L’Art est avant tout un acte d’amour »

Interview réalisée par Youcef ZIREM.

Universitaire, activant dans le secteur culturel, au niveau de la Mairie de Paris, Brahim Saci est aussi un chanteur de talent, un poète original. Il nous dit, ici, sa perception de la musique, son parcours jalonné de multiples haltes créatrices.

Universitaire, chanteur, poète, animateur de la vie culturelle à Paris, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter un peu votre parcours ?

Brahim Saci : L’artiste en général et le poète en particulier préfère l’ombre à la lumière. L’art est avant tout un cri d’amour. Adolescent, la découverte d’Arthur Rimbaud à Paris m’a bouleversé tant son génie est exceptionnel. À l’époque, j’écrivais pour oublier un peu ma profonde solitude intérieure. C’est par un coup du destin que je me suis retrouvé en France à l’âge de 10 ans. J’étais un enfant joyeux au village Tifrit Nait Oumalek, beau village de montagne de l’arch des Aït Idjeur au pied de l’Akfadou, village sous la protection du Saint Sidi Mhand umalek, de cette majestueuse et millénaire Kabylie. Les jours passaient dans un bonheur sans pareil, entre l’école et les jeux avec les autres enfants du village.

Le village comme tous les villages kabyles s’est toujours autogéré, ce qui le préservait des tourments politiques et protégeait aussi la paix régnante. Chaque jour était un rayon de soleil, étant gâté par une grand-mère paternelle Samah Zahra (setti zahra) paix à son âme, admirable et généreuse, qui m’a bercé dans les contes kabyles, gâté aussi par une grand-mère maternelle Hamek Keltoume (setti Taweccixt) femme de coeur tout aussi admirable, du village Tazrouts Nait Oumalek de la wilaya de Bgayet, village sous la protection du Saint Sidi Mhammed Ouali, village qui m’est aussi cher parce que j’y suis né. Je me souviens que par les rudes nuits d’hiver, assemblés autour du kanun, du feu, ma mère nous jouait des petites pièces théâtrales improvisées, cela nous faisait oublier le froid et la rudesse de l’hiver et comblait un peu le manque du père, immigré en France depuis les années 50, qu’on ne voyait qu’un mois dans l’année. Mon grand père paternel Saci ALi était aussi immigré en France depuis 1912. Le destin a voulu que je quitte cet univers enchanté pour atterrir à Paris fin 1975. Vivant seul, mon père ne pouvait me garder à Paris. Il me confia donc à sa soeur, ma tante Saci Taklit, qui vivait en famille à Pierrefitte, en Seine Saint Denis.

De l’Akfadou à Saint-Denis

Ils m’ont toujours considéré comme leur propre fils, je leur dois beaucoup. Je fus donc scolarisé à Pierrefitte en dernière année de primaire CM2 à l’école Eugène Varlin, je garde un précieux souvenir du directeur Jean Dalarun, un homme de coeur qui a toujours eu une attention par ticulière à mon égard. J’avais eu au village un instituteur de français tout aussi remarquable, Mouhoune Mhamed, dont l’enseignement de qualité a fait que j’ai pu suivre une scolarité normale en France. J’ai continué ma scolarité non sans difficultés mais la poésie m’aidait à les surmonter. D’autant que la muse m’a ouvert ses bras où je pouvais me réfugier de temps à autre. Le dessin aussi était un refuge, ainsi que les BD, dont j’étais un grand lecteur. Au lycée j’ai découvert la poésie de Guillaume Apollinaire, Charles Baudelaire. Aux concours de poésie organisés chaque année par le lycée, je remportais des prix, ce qui me conforta dans mon envie d’écrire.

À la fin de la dernière année de collège, je quittais Pierrefitte et la famille Ladaoui pour rejoindre mon père à Paris. La vie à Paris allait changer ma vie. J’entrais au lycée Paul Eluard à Saint-Denis. Un jour, allant me promener du côté du Châtelet, je me retrouvai devant le Centre Beaubourg où des artistes faisaient des portraits et des caricatures des touristes. Je décidais alors de mettre en pratique mon talent de dessinateur et de m’installer là tous les week-ends pour dessiner. À partir des années 90, voyant les mentalités et les libertés rétrécir à Paris, les artistes étant de moins en moins tolérés dans les rues parisiennes, je décidai d’arrêter ce métier et de me consacrer à mon autre passion : la musique.

Dans le 20e arrondissement de Paris où je vivais, j’avais rencontré un talentueux musicien chaabi, Si Tayeb Ali, originaire de Maatqa, et qui gérait un café. Grâce à lui j’ai pu côtoyer de grands artistes kabyles comme Akli Yahyaten, Rachid Mesbahi, Ait Meslayen, Youcef Abjaoui, Cid Messaoudi et beaucoup d’autres. Si Tayeb Ali m’apprit les rudiments du chaabi et m’a appris à aimer Dahmane Elharachi. En 1992, j’enregistre mon premier album, « Exil éternel », en hommage à Slimane Azem. J’ai 31 chansons qu’on peut écouter et même télécharger sur mon site internet, www.brahimsaci.com. Je reste un bohème, un poète qui écrit dans les rues de paris des vers en kabyle et en français que le vent disperse.

Quand vous chantez, on a l’impression d’entendre le grand Slimane Azem chanter. Comment arrivez-vous à faire une telle prouesse ?

B.S. : En fait, c’est loin d’être une prouesse, c’est tout à fait naturel. Mais vous êtes gentil quand vous dites qu’en a l’impression d’entendre le grand Slimane Azem, mais je dirais : lbarakka kan, c’est juste un don du ciel. Je suis franchement loin de pouvoir égaler la qualité vocale du grand Slimane Azem.

La justesse de sa voix surtout dans l’istikhbar, le prélude chaabi, est époustouflante. Rares sont ceux qui peuvent rivaliser avec lui. Ses préludes chantés coulent comme l’eau d’une source du Djurdjura, c’est la pureté de la source, c’est la langue kabyle incarnée. Le chaâbi, musique populaire algérienne, dérive du style classique arabo-berbèro-andalous, musique savante que le grand Maître El Anka a codifié en raccourcissant et simplifiant les modes pour les rendre plus accessibles. Dahmane Elharachi a vulgarisé cette musique en la rapprochant du peuple.

Slimane Azem était un as de la composition. D’où la simplicité apparente qui n’en est pas en réalité. Il était une légende de son vivant pour la musique, le chant et le verbe, comme l’était avant lui Si Mohand U Mhand par le verbe.

Mais je vous dirais que ne ressemble pas au légendaire Slimane Azem qui veut. Ce n’est pas tout à fait un hasard. Il faut avoir un bagage culturel, avoir beaucoup étudié les auteurs et poètes kabyles et d’ailleurs, avoir une expérience de vie riche, même en souffrances.

Faut marcher sur le brasier pieds nus sans bouger un sourcil, être un homme de convictions comme l’était Matoub Lounes, avoir une bonne connaissance musicale. Il faut beaucoup lire, maîtriser les techniques de versifications, avoir une bonne connaissance de la langue et aimer profondément ce qu’on fait. L’art c’est avant tout l’amour, donner sans rien attendre en retour…

Le thème de l’exil est assez présent dans votre oeuvre, pouvez-vous nous dire un mot à ce sujet ?

B.S. : L’exil est comme une malédiction, mais ne dit-on pas aussi que les poètes sont maudits ? Ou bien dit-on cela uniquement parce qu’on ne les comprend pas ? Pour me comprendre il faut marcher dans mes pas, pourrait dire le poète. La solitude profonde parce qu’on n’est pas compris, avoir sans cesse la sensation d’être d’un autre temps, d’une autre dimension… Recherchant et fuyant le monde, fuyant le vide tout en le recherchant comme poussé par une force invisible. L’exil intérieur, celui des poètes, est de loin le plus dévastateur car c’est une tempête silencieuse que seul la plume peut dompter par moments. Et les instants de répit sont rares. S’ajoute à l’exil tout court, l’exil intérieur du poète… Si l’image fait sourire, la réalité est tout autre en vérité mais, heureusement, la seule force salvatrice c’est l’Amour.

Vous sortez bientôt un nouvel album, quels en sont les thèmes majeurs ?

B.S. : Cela fait longtemps que je travaille sur ce nouvel album. Mais, sans doute à cause d’un souci de perfectionnisme, ce n’est jamais assez bien. Il m’arrive souvent de revenir sur des compositions anciennes pour les retravailler. Les poèmes doivent couler comme l’eau d’une source de l’Akfadou, fraîche et claire pour qu’on s’y voie dedans. Il est évident que l’exil est omniprésent comme il est présent en moi, installé pour l’éternité. Il y a le temps qui passe, qui détruit jusqu’à l’amour, et la détresse du poète devant ce qu’il ne peut changer. L’art c’est la pureté, la bonté, la beauté, la vérité. Mais quand le Bien rencontre le Mal, il est désemparé ! Dans tout l’album il y a dualité entre le bien et le mal, le jour et la nuit. Il y a plusieurs chansons bilingues, en kabyle et français, car la langue kabyle et la langue française vivent en moi dans le coeur et l’esprit.

Le titre de l’album c’est « qlilet lemhiba – taluft umeddah » (L’amour se fait rare et la fable du troubadour), un titre que je pense être évocateur. Il y a aussi un regard sur l’Algérie, pays natal qu’on aime, qu’on regarde avec espoir, en rêvant d’une véritable démocratie qu’on espère proche pour le bien du peuple algérien, pour une justice sociale dans le respect de chacun et pour de meilleures relations entre les deux rives.

Youssef Zirem
in http://lakoom-info.com de Février 2010 [Format PDF]

Festival international des arts de l’Ahaggar : Djamel Allam en guest star

Festival international des arts de l’Ahaggar, Tamanrasset : Djamel Allam en guest star

Les activités de la première édition du Festival international des arts de l’Ahaggar, qui ont élu domicile dans la région d’Abalessa, à 80 km de Tamanrasset, se poursuivent.

Vendredi dernier, c’était au tour de Djamel Allam, pionnier de la chanson moderne d’expression berbère, de prendre le relais de Zemour, une troupe de chants et de danses traditionnels venue de la République arabe du Sahara occidental. Programmé en fin de soirée, Djamel Allam avance sur la petite scène aménagée, bon œil, bon pied. L’artiste, avec sa barbichette taillée, a tout l’air d’un Paulo Coelho. Pour cette prestation, Djamel Allam n’est pas accompagné par ses musiciens ; il se contente de reprendre en écho sa voix enregistrée. Ce qui n’enlève rien à son talent de compositeur et d’interprète.

L’enfant prodige de la ville de Béjaïa s’est révélé d’ailleurs un sacré agitateur de sons métissés en puisant dans son riche répertoire musical, notamment son dernier album Youyou des anges, enregistré en 2008 en Algérie, en France et au Canada, signant son retour sur la scène internationale. Dans cet album, l’interprète est entouré d’une pléiade d’artistes et de techniciens dont, entre autres, Sid Ahmed Agoumi, Cheb Khaled, Mohamed Lamine, etc. Pour son tour de chant à Abalessa, Djamel Allam interprète, entre autres, de sa voix grave et mélodieuse, Ayemma aâzizen ouretsru (ô chère mère ne pleure pas !), une reprise de la chanson de Farid Ali, vieille de plus d’un demi-siècle, puis Khouya El Hachemi en hommage au défunt maître de la chanson chaâbi El Hachemi Guerrouabi.

Le chanteur enchaîne d’autres titres, notamment Louali, Ruh, Djawhara ainsi qu’une chanson composée par le chanteur chaâbi H’sissen. Ses textes exhalent un souffle poétique puissant. Des sonorités traditionnelles berbères, arabes à la world music aux influences jazzy, Djamel Allam, en virtuose, marie ses éléments pour en faire son propre style. Le public, peu nombreux à son apparition sur scène, est agréablement surpris de découvrir une musique inventive et surprenante.

Par ailleurs, les organisateurs ont remis, durant la même soirée, les prix du meilleur conte des arts de l’Ahaggar. Les lauréats devant recevoir leurs prix ont brillé par leur absence. Le jury n’a d’ailleurs pas précisé les critères de leur sélection.

Par Hocine Lamriben
EW 21 02 2010