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LA GRANDE NUIT SOUFIE – Paris

LA GRANDE NUIT SOUFIE – Paris

Samedi 01 octobre 2011 à 20h00

Du déchirement à l’extase

Le soufisme est la dimension mystique de l’islam. Et les soufis décrivent volontiers l’état dans lequel les plonge la pratique du dhikr (la récitation rythmée du nom de Dieu) comme un état amoureux. L’art du munshid – le chanteur religieux – y contribue aussi, avec la saisissante étendue de son timbre vocal et ses ponctuations faites de pleurs (les premiers soufis étaient connus sous le nom de « pleureurs »), de chuchotements, de cris, de soupirs…

Première partie
Les fakirs de Gorbhanga (Bengale, Inde)
Poésie mystique et bangla qawwalî

Deuxième partie
Ensemble Syubbanul Akhyar (Java, Indonésie)
Chant et musique hajir marawis de Cirebon

Troisième partie
Marouane Haji et l’Ensemble Akhawate El Fane El Assil (Fès, Maroc)
Chants de la confrérie Skallia

1ère partie

Ensemble SYUBBANUL AKHYAR – Hajis Marawis
Musique et chants soufis d’Indonésie : 45 mn

L’Islam en Indonésie

C’est par les voies commerciales que l’Islam pénètrera en Indonésie, par l’intermédiaire de marchands musulmans persans et arabes commerçant avec l’Indonésie et la Chine depuis des siècles.
La diffusion de l’Islam, autour du XIII° siècle, se fera à partir de Sumatra vers la péninsule malaise et la cité État de Malacca ainsi que par la côte nord de Java, avant de se prolonger vers les iles Moluques.

Pour contrecarrer en autre la menace que représentait l’expansionnisme portugais, l’Islam favorisera l’émergence d’une conscience commune chez les premiers souverains musulmans de l’archipel indonésien. Dans le nord de Sumatra se développeront au XIII° siècle un grand nombre de petits royaumes musulmans portuaires tels Perlak et les deux royaumes de Samudra et Pasai alors que Cirebon, ville portuaire de Java qui abrite le mausolée de l’un des grands maîtres musulman de cette île, Syarif Hidayatullah dit Suran Gunung Jati, fut dés les XV et XVI° siècles, par sa situation géographique, l’un des grands centres et royaumes musulmans de l’ouest de Java.

Les premiers siècles d’islamisation dans le sud-est asiatique coïncident avec l’apogée d’un soufisme médiéval qui verra naître autour des XII° siècle et XII° siècles, l’épanouissement des confréries soufies « tarîqat ».

Influencé par les grands maîtres et penseurs d’une mystique musulmane féconde à cette époque, l’enseignement soufi tasawwuf diffusera un certain nombre de valeurs mystiques, masculines et chevaleresques (futuwah), notamment au sein de corporations de métiers, qui seront se fondre habilement dans une multitude de croyances locales.

Abu Hamid al-Ghazali, Ibn al-`Arabi, `Abd al-Qadir al-Jilani, qui créera lui-même sa propre confrérie comme`Abd al-Qahir al-Suhrawardi, Najmuddin al-Kubra, le fondateur de l’ordre Kubrawiyya, l’une des figures centrales du soufisme en Asie centrale, Abu’l-Hasan al-Shadhili, fondateur de la Shadhiliyya, Ahmad al Rifaï et sa confrérie Rifa`iyya, Baha’uddin Naqshband et sa confrérie Naqshbandiyya, pour ne citer qu’eux, vont colporter, aussi bien en Asie que sur le continent indien, une forme d’approche mystique, dont l’influence se fait toujours sentir aujourd’hui à travers un vaste héritage poétique traditionnel, la pratiques rituelle du dhikr ou du hadra ainsi que celle de l’inshad sufiya (le chant soufi), ceci malgré l’attrait d’un nouveau matérialisme occidental et la pression de l’orthodoxie musulmane.

Cette culture d’un islam populaire imprégnée du culte des saints (wilâya) et de l’idée de la perfection (insân kâmil), se trouve au croisement du soufisme et d’un sentiment épique hérité des anciennes traditions religieuses de cette partie de l’Asie : bouddhisme, mazdéisme, hindouisme.

Son assise géographique et historique se constitue, de l’Afrique à l’Asie, à travers un réseau de villes saintes et de ces grands mausolées (dargah, koubba) ou s’exprime le culte du héros spirituel (wali) entouré d’un aura magique et surnaturel.

Le chant et la musique Hajjir Marawis

En Indonésie, les commercants arabes yéménites de la vallée de l’Hadramat furent parmi les premiers à diffuser un soufisme populaire. Aujourd’hui encore, ils vivent dans les quartiers arabes (kampung Arab) formant une communauté à part.

Le style musical Hajir Marawis, héritage de la culture yéménite soufie, se réfère à un ensemble de percusssions hajir (tambour à double membrane) et marawis.( petits tambourins ).
Nanang Kurnia Wahab et Ahmad Munawir, jeunes chanteurs spécialisés dans l’inshad suffiya ont initié l’ensemble Syubbanul Akhyar auquel ils ont rajouté le oud et le luth yéménite gambus.

2ème partie

Les Fakirs de Gorbhanga – Bengale, Inde du Nord
Chants de l’Homme libre : 45 mn

Ménestrel itinérant, chanteur mystique, mendiant philosophe, individu viscéralement libre et humaniste… Qu’il soit né hindou ou musulman, Baul ou Fakir, celui qui cherche l’absolu explore, loin des orthodoxies religieuses, des observances rituelles et des règles de la société villageoise. Baul tirerait son origine du sanscrit vatula : au sens propre, « éventé » ; au sens figuré, « fou ». Ainsi proclamé, le poète fait de « la pratique du corps » son sacerdoce, car « Tout est dans le corps », selon Lalan Fakir. Et si l’homme est la mesure du sacré, pourquoi chercher l’objet du désir ailleurs qu’en soi-même ? C’est « ce Maître invisible et sans forme» que recherchent au présent, inlassablement, le Baul et le Fakir.
Sous l’akhra (ou ashram), hutte circulaire et ouverte sur la nature, à la tombée de la nuit, les Fakirs du village de Gorbhanga s’accompagnent tour à tour à la dotara (luth à cinq cordes et à tête d’oiseau), à l’harmonium, aux jhuri (petites cymbales), au dholok (tambour) ou au tabla. Bien que membres d’une même fratrie ou cousins, ils s’inscrivent dans la lignée initiatique de leur guru.
Deux répertoires animent ces séances : le Baul-Fakir gaan, chants dévotionnels traversés par les influences de la bakti et du soufisme et faisant la part belle aux poésies du célèbre Lalan Fakir (1774-1890) ; et le bangla qawwâli -proche du qawwâli pakistanais, genre récemment ressuscité, attribué au guru Gaus-ul-Azam (1826-1906) de la Tarika-e-Maizbhandari, dans l’actuel Bangladesh.

Avec la collaboration de Banglanatak dot com, West Bengal
Edith Nicol, conseil artistique et texte

3ème partie

Marouane Hajji, magie du chant Samâa du Maroc : 45 mn

Il a été dit « Si l’Orient est la terre des prophètes, l’Occident (Maghreb) est la terre des saints (Awliya) ». Le soufisme marocain, existait dès les premiers siècles de l’hégire au Maroc. Son influence s’est prolongée à l’Est, jusqu’en Egypte, au Nord en Andalousie musulmane et au Sud, au Sahara et dans les pays de l’Afrique de l’Ouest.

Les chorfas (liés à la famille du Prophète) Skalli de Fès sont les descendants du vénéré saint Moulay Ahmed Skalli. La zaouïa Moulay Ahmed Skalli a été fondée au XVII° siècle. C’est aujourd’hui encore un lieu où l’on pratique d’une façon régulière le dhikr et le samaâ.? Moulay Ahmed Skalli (1700-1763) exerçait la profession de vendeur de parfum au quartier Attarine où il s’adonnait dans sa boutique à une lecture initiatique. A sa mort, ses disciples ont acheté une maison et l’y ont enterré. Devenue zaouïa à cause du sanctuaire, elle est toujours fréquentée et on y pratique encore les invocations en commun (wadifa) une fois par semaine généralement le jeudi soir et tout récemment le vendredi.

Les invocations (dikhr) et le chant (sama’) suivant un rythme étudié menant à la danse extatique (jadbah), sous le contrôle un moqqadem ou une autre personne de l’assistance qui se met au milieu du cercle des disciples.

Le Samâa de Fès a su traverser les siècles en s’enrichissant par l’arrivée des Arabes d’Espagne après la chute de Grenade en 1492.

Marouane Hajji (né à Fès, en 1987) prolonge directement cet héritage que, déjà très jeune, il sait façonner vocalement à sa guise favorisant la quête de cette extase tant sollicitée dans ce répertoire sacré.

Marouane est issu d’une famille soufie et c’est grâce à l’enseignement du Cheikh Haj Mohammed Bennis, qu’il connaît aujourd’hui aussi bien les chants de ces confréries dont on attend souvent le soir, les voix se perdent au fil des ruelles de la plus grande médina du monde oriental et maghrébin.

Plus d’infos ici http://www.cite-musique.fr/francais/evenement.aspx?id=11442

Radio Hchicha

août 3rd, 2011

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