Chroniques

MAALOUMA: Une profonde vague de blues venue du désert

La chanteuse mauritanienne Maâlouma à Tamanrasset.

Maâlouma, la diva du désert, chante ce qu’elle aime le plus : le blues.

Le geste est lent et raffiné. La démarche étudiée. Lorsque Maâlouma Bent Ould Meydah, la diva de Mauritanie, monte sur scène, c’est presque un rituel. La sensibilité est convoquée dans la beauté de la simplicité. Maâlouma est une femme sans âge. Habillée d’une melahfa, tenue traditionnelle aux couleurs de la nuit, l’invitée de marque du troisième Festival international des arts de l’Ahaggar a entamé son concert, samedi soir à l’esplanade du 1er Novembre à Tamanrasset, par une chanson aux sonorités rock. Une manière d’impliquer le public nombreux et jeune. Elle passe ensuite, soutenue par les choristes Hawa et Zeina, au blues. Maâlouma, aux capacités vocales impressionnantes, ne s’interdit rien.

Entre groove et blues, elle chante lahbab ou lahbabat, enchaîne avec Hnane el hob et continue, plongée dans un rythme afro-beat, avec une chanson en dialecte hassani. Elle prend ensuite son instrument préféré, le «ardin» (une harpe qui n’existe qu’en Mauritanie), pour interpréter un madih, Rabi Mhi ani makna meni (Dieu, efface mes errements). Le chant est poétiquement mystique. Plus loin, Maâlouma rappelle les traditions africaines du chant, ensuite l’héritage arabo-maghrébin de la fête. Elle ne s’arrête pas en si bon chemin : elle termine son récital avec un clin d’œil au Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, l’un des maîtres du style qawali, adoré par les adeptes du soufisme. Les chansons sont extraites de ses albums Nour, Dounya et Desert of Eden. Maâlouma chante l’amour, l’ouverture, la liberté, le vivre ensemble mais aussi la contestation, les inégalités…

Pendant longtemps, Maâlouma s’est engagée politiquement pour dénoncer la dictature qui a étouffé Nouakchott. Elle a milité aux côtés de l’opposant Ahmed Ould Daddah à partir du début des années 1990. Le régime, en signe de représailles, l’a empêchée de chanter, interdite d’antenne à la télévision et à la radio et tenté de l’isoler du monde. Mais, Maâlouma, née libre à Charat, dans le sud-ouest mauritanien, a résisté, refusé de céder, continué sa «révolution». Elle écrit, compose et chante. «Il m’est agréable d’être ici parmi des gens qui me ressemblent. J’ai vu que les femmes et les hommes portent les mêmes habits que dans mon pays. Les traditions et les plats se ressemblent aussi. J’ai beaucoup de respect pour l’Algérie et son peuple. Les Algériens se sont beaucoup sacrifiés pour libérer leur pays de la présence coloniale. Ils doivent en être fiers», nous a-t-elle déclaré, lors d’une rencontre à l’hôtel Bournane, à Tamanrasset, en marge du festival.

«Le peuple algérien nous a appris à militer, à avoir une conscience nationale. Nos dirigeants doivent veiller à rapprocher les artistes, assurer la libre circulation de la culture. Au Maghreb, on doit apprendre à mieux se connaître avec nos spécificités. On doit travailler pour une intégration culturelle entre nous et pour une stratégie de réunification des milieux artistiques», a-t-elle plaidé. Selon elle, la relance de l’Union du Maghreb arabe (UMA) est devenue une exigence pour mieux protéger les trésors de cette région du monde. «Il n’est pas normal que nos peuples soient riches et pauvres à la fois. L’unité de nos pays permet de développer une forte volonté politique pour mieux partager nos richesses», a-t-elle souligné. Maâlouma milite actuellement au sein du Sénat mauritanien. Elle est à l’avant-garde du combat contre la pauvreté, contre la marginalisation des femmes et pour l’éradication de l’exploitation des enfants. La musique, pour elle, est également une arme puissante. Maâlouma sait l’utiliser comme il le faut…

Tamanrasset Fayçal Métaoui
De notre envoyé spécial

EW 21 02 2012

Radio Hchicha

février 21st, 2012

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