Chroniques

Tinariwen, branché désert – L’album

Tinariwen, branché désert – L’album

Le groupe Tinariwen est né au tournant des années 80. - Marie Planeille

World . Le groupe qui a transformé la musique du nord du Mali avec des instruments électriques revient avec «Tassili», un album acoustique mais toujours aussi militant.

Le défunt Ali Farka Touré racontait que, quand il avait écouté pour la première fois un disque de blues américain (John Lee Hooker, semble-t-il), dans les années 60, il s’était exclamé : «Mais c’est du pur tamasheq !» Originaire de Tombouctou, le guitariste chanteur (et éleveur de bétail) avait reçu les influences de toutes les traditions du nord du Mali, notamment la musique des caravaniers tamasheqs, c’est-à-dire touaregs. Cette musique, que le groupe Tinariwen, né au tournant des années 80, a transposée sur des instruments électriques pour lui donner une audience internationale.

«Baptême». Tinariwen (pluriel de ténéré, désert) a largement dépassé le cercle des amateurs de musique africaine. La présence d’invités américains (TV on the Radio, le guitariste de Wilco, etc.) sur leur dernier CD, Tassili, a sans doute contribué à leur Grammy Award du meilleur disque world 2011. Dans deux mois, ils feront face à des dizaines de milliers de personnes, puisque les Red Hot Chili Peppers les ont choisis pour assurer la première partie de leur tournée européenne.

Eyadou Ag Leche, le bassiste du groupe, a autour de 30 ans, soit l’âge de Tinariwen. «J’ai rejoint la formation il y a dix ans, explique-t-il. Mais je baigne dans sa musique depuis la naissance. Ibrahim Ag Alhabib, le fondateur du groupe, a chanté lors de mon baptême, quand j’avais 7 jours.» Eyadou parle un bon français, mais il insiste pour s’exprimer en tamasheq, langue très ancienne, riche en dictons et métaphores. «Notre écriture, le tifinar, est aussi vieille que le sumérien, indique le musicien d’une voix douce. C’est le même alphabet qu’utilise le peuple amazigh [kabyle, ndlr] d’Algérie et du Maroc, et leur langue est très proche de la nôtre.» Les Tamasheqs jouent de la musique lors des tindés, nom qui désigne aussi le petit tambour réservé aux femmes. Mariage, baptême, passage à l’âge adulte donnent lieu à un tindé, il en existe aussi où l’on fait «danser les chameaux». Le rythme du tambour est d’ailleurs inspiré par la marche de l’animal. «Nous vivons dans le grand Sahara, parfois au Mali, parfois en Algérie, en Libye ou au Niger, explique l’artiste. Les frontières ne signifient rien pour nous. Récemment, nos familles se sont installées dans l’Adrar des Ifogha, un massif montagneux en territoire malien.»

Ampli. Les musiciens vivent dans des campements séparés, leur moyen de communication est «la rencontre» : «Nous croisons quelqu’un qui est passé par un campement la veille et nous donne des nouvelles de ses habitants.» La guitare électrique, arrivée dans le désert grâce à Ibrahim Ag Alhabib, a rapidement supplanté le tehardent, le luth à trois cordes utilisé par les griots. Mais comment brancher un ampli en plein désert ? Le musicien sourit : «Au début, nous avions des générateurs à piles, les amplis étant bricolés à partir de radios à transistors. Depuis peu, nous avons recours à des groupes électrogènes à essence.»

Avec Tassili, la formation a pris le parti de l’acoustique, d’une l’esthétique apaisée, mais son propos reste militant : depuis sa création, le groupe se veut le porte-parole des Touaregs en lutte pour leurs droits, qu’ils disent bafoués par le pouvoir en place à Bamako (1). «Nos premières cassettes étaient des courriers envoyés à notre peuple. Nous utilisions la musique pour appeler à la solidarité, à la préservation de notre culture.» Ce sont ces chansons qui accompagnaient la première rébellion touareg, entre 1990 et 1996.

Au moment où les Tamasheqs ont repris les armes, Eyadou Ag Leche ne cache pas sa colère : «Si on avait écouté nos textes, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Nous sommes un peuple pacifique, mais nous n’acceptons pas qu’on marche sur nos têtes. Depuis cinquante ans, nous demandons des écoles pour nos enfants, des puits pour nos bêtes, le droit de pâturer sur notre territoire. En cinquante ans, nous n’avons rien obtenu.»

(1) L’entretien avec Eyadou Ag Leche a eu lieu quelques jours avant le coup d’Etat au Mali (lire aussi page 5).

Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ.
02/04/2012 http://next.liberation.fr

TINARIWEN CD: TASSILI (Anti/Coop Music). En concert demain à la Cigale (75018), le 26 avril à La Rochelle, le 27 au Printemps de Bourges, le 28 à Angers, le 29 à Lille. Puis le 30 juin au Stade de France (avec les Red Hot Chili Peppers), le 23 juillet à Lyon (les Nuits de Fourvière).

Radio Hchicha

avril 2nd, 2012

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