[Émission] Live avec les auditeurs – Assassinat du président Boudiaf – 29 juin 2013

boudiaf-21anssCeci est l’enregistrement de notre live avec les auditeurs du samedi soir 29 juin 2013, à propos de l’anniversaire de l’assassinat du président Boudiaf un certain 29 juin 1992.

Merci aux auditeurs qui ont participé en directe à notre débat.

 

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Durée 2:00 heures

A Essaouira, une tradition mystique devient l’étendard de la jeunesse marocaine

Arnaud Robert
LeTemps.ch 29 06 2013

Par centaines de milliers, des jeunes ont dansé sur les musiques des gnawas en regardant la mer. Arnaud Robert raconte ce Woodstock marocain, où un art ancestral paraît transcender les détresses et les colères.

Le festival d’Essaouira. Des musiciens gnawas ouvrent les festivités sur l’artère principale de la ville. Le soir, des milliers de jeunes déambulent au bord de la mer, au rythme des luths et des castagnettes de métal. (Alex Troesch)
Le festival d’Essaouira. Des musiciens gnawas ouvrent les festivités sur l’artère principale de la ville. Le soir, des milliers de jeunes déambulent au bord de la mer, au rythme des luths et des castagnettes de métal. (Alex Troesch)
Il est presque deux heures du matin. Entre des murs antiques, sur le port d’Essaouira, un spectateur se penche vers l’ensemble qui joue. Il se balance au son des castagnettes de métal, du luth à trois cordes, de ces voix noires qui, en chœur, répètent le nom du prophète. Le danseur est en transe. Une transe douce, maritime, pleine d’embruns et de zéphyr. Un garçon, 25 ans, est arrivé d’une ville voisine pour le festival. Il claque des mains sur les contretemps. Il parle de ces confréries soufies. «Ce qu’elles jouent, c’est notre reggae, notre pop music. Il n’y a rien de plus naturel. Aucune guitare électrique, pas de boîte à rythmes. Et pourtant, elles nous font voler.»

Comment est-ce même imaginable? Du 20 au 23 juin, quatre cent mille personnes, des Marocains pour la majorité, des jeunes gens pour la plupart, sont venues dans cette cité fortifiée à deux heures à l’ouest de Marrakech pour entendre la musique des gnawas. Essaouira est le carrefour de cette confrérie créée par des esclaves d’Afrique noire, qui mêle des rituels animistes, de guérison et d’extase, à une tradition plus locale de mystique musulmane. «Lorsque nous avons créé la manifestation, en 1998, ce n’était pas gagné. Personne ne connaissait les gnawas et ceux qui en avaient entendu parler s’en méfiaient parce qu’ils assimilaient leur pratique au vaudou.»

Neïla Tazi, directrice du festival, se souvient d’un autre temps, un autre règne aussi, où les concerts devaient être interrompus au moment de la prière. Depuis, le Maroc a changé: les attentats de 2003 à Casablanca, les révolutions arabes, l’arrivée au pouvoir il y a deux ans d’un parti islamiste, le PJD (Parti de la justice et du développement), et la guerre faite par le jeune roi Mohammed VI au salafisme. «Personne aujourd’hui», affirme Tazi, «n’oserait s’en prendre aux gnawas, ils sont les ambassadeurs les plus précieux du pays.» Le roi aime les soufis, il le dit et s’appuie sur eux pour contrer l’avancée de l’islam arabe conservateur.

Essaouira, chaque début d’été, témoigne donc des métamorphoses que le Maroc subit. Sur les remparts de la ville, des post-hippies de Casablanca ou de Rabat, en tresses rastas, se calent sur leur sac de couchage. Ils ne chantent pas Bob Marley, mais s’agitent sur les pulsations obsédantes des gnawas, les basses épaisses du luth guembri, ils chantent des refrains traditionnels, populaires, qui évoquent des esprits africains, des répertoires classés par couleur. La nuit venue, ils se précipitent devant la gigantesque scène Moulay Hassan et réagissent davantage aux incantations des maîtres en djellaba qu’aux concerts des invités internationaux.

La suite sur http://www.letemps.ch

16ème Festival Gnaoua et des musiques du monde d’Essaouira (Qui est Karim Ziad ?)

Suite des sessions marocaines, à l’occasion de la 16ème édition du Festival Gnaoua et Musique du Monde qui s’est tenu à Essaouira du 19 au 23 juin dernier.

Invité : Karim Ziad, batteur et directeur artistique du festival. Il vient nous présenter en exclu son prochain album « Djid » (le renouveau).

Qui est Karim Ziad ?

Karim Ziad n’est pas de ces batteurs exhibitionnistes, qui vous étourdissent de leur virtuosité et de grands effets. Ce n’est pas non plus un grand bavard. Originaire d’Alger, il se révèle très vite comme un batteur hors norme, celui que tout le monde s’arrache, des groupes rock algérois aux Chebs du Raï. Boulimique de musiques, le jeune Karim absorbe tout, des nouvelles tendances aux musiques traditionnelles du bled en passant par les BO de films égyptiens.

Très vite, sa réputation grandit et Karim arrive à Paris où il accompagne les grands de la musique maghrébine (Cheb Mami, l’Orchestre National de Barbès, Safy Boutella…) mais aussi de la scène jazz où il noue des amitiés solides: N’Guyen Lê, Michel Alibo, Boyan Z, Julien Loureau… Son complice N’Guyen Lê l’entraine dans l’aventure de son « Maghreb All Stars ». C’est le déclencheur. A l’approche plus intellectuelle de N’Guyen, il va substituer une dimension sensuelle et émotionnelle « ce sont les musiques avec lesquelles j’ai grandi ».

Pendant plus de 10 ans, Karim Ziad va patiemment creuser les possibilités de rencontres entre la liberté du jazz et ces musiques populaires traditionnelles qui le passionnent. Avec respect et enthousiasme, avec une réelle vision musicale et éthique. En toute discrétion, il va encore innover en nous présentant son nouveau projet : du pur jazz, « quelque chose de personnel où je me mets plus à nu, sans me cacher derrière les musiques traditionnelles ». En quoi est-ce novateur ? Parce qu’à force de défendre la musique gnaoua, nous ne nous étions pas rendu compte que le Festival Gnaoua et Musiques du Monde est devenu un rendez-vous international du jazz en terre africaine. Mais lui, il l’a senti. Pour ce concert, les gnaouas ne seront pas oubliés « impossible ! » sourit Karim. Ils seront invités pour une fusion de danse !

Karim Ziad est décidément un musicien visionnaire qu’on a plaisir à suivre dans ses intuitions fulgurantes.

Karim Ziad sur la scène de la place Moulay Hassan, Essaouira juin 2013.

Laurence Aloir


Vidéo RFI à Essaouira avec Karim Ziad 
(images Cyril Etienne)

Vidéo Karim Ziad avec le Maâlem Hamid Elkasri 

Site de Karim Ziad
http://www.karimziad.fr/

Entretien Groupe Haoussa : « C’est toujours magique d’être au Festival d’Essaouira »

Invité spécial de la seizième édition du Festival Gnaoua Musiques du Monde, le groupe de punk marocain Haoussa n’en est pas à son premier concert à Essaouira.

Groupe Haoussa

Comment avez-vous découvert puis rejoint le groupe Haoussa ?

Je l’ai collé ! C’est un groupe qui a réussi à gagner en crédibilité sur la scène marocaine. Il a reçu le premier prix du Boulevard en 2002, dépassant largement d’autres groupes plus anciens. Je les ai écoutés sur internet pour la première fois dans le titre Human Insanity, en 2005. De plus, on se connaissait puisqu’on jouait à la Fondation des œuvres laïques à Casablanca. Tout le monde y connaît tout le monde, on a organisé des sessions, des rencontres, des cafés entre amis. Et en 2007, j’ai proposé au leader et fondateur du groupe, Khalid Moukdar, et au guitariste, Nadir Hajji, de venir répéter chez-moi. Par la suite, je les ai rejoints en tant que bassiste.

D’où est venu votre penchant pour Haoussa ?

C’est venu comme ça. Leurs textes sont merveilleux. Leur jeu musical fait vraiment leur identité. Les Haoussa sont contestataires mais ils s’assument tels qu’ils sont. Ils ne se vendent pas. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de quitter le groupe Mazagan, où je jouais avant, pour rejoindre Haoussa.

Ce n’est pas votre première fois ici, à Essaouira. Que fait alors un groupe de punk rock au Festival Gnaoua ?

 

Personnellement, la musique gnaoua n’est pas ma tasse de thé. Je suis souvent sur des musiques plus rythmées, plus énergétiques. Mais après, j’ai beaucoup d’admiration pour les mâallems gnaouis. J’ai rencontré Hamid El Kasri en 2003. Pour moi, il est un excellent ambassadeur du Maroc. Il a beaucoup inspiré Haoussa dans ses jeux aux rythmes gnaouis, parce qu’ils sont assez présents dans la musique du groupe Haoussa.

Comment arrivez-vous à marier la musique gnaouie au registre plutôt rock de Haoussa ?

Je ne sais pas ! Les lignes de basse transe nous y inspirent, les chœurs. Sinon, on joue par notre feeling et ça donne ce que vous voyez sur scène et écoutez dans les chansons.

Pour revenir à vos textes, votre registre y est plutôt coléreux. Qu’est-ce qui vous motive pour les écrire ?

C’est Khalid Moukdar qui les écrit. Chez Haoussa, on peut parler de politique, d’amour, de folie. On ne doit pas passer nuisibles, notre priorité est de partager ce qu’on fait. Un simple citoyen qui parle de choses qui l’interpellent, c’est aussi nous. Nos textes viennent du cœur. Et ce qui vient du cœur parle au cœur.

Vous vivez de Haoussa ?

Nous jouons dans le cadre de Haoussa pour la passion. On aurait bien aimé ne vivre que de Haoussa, mais au Maroc, les artistes n’ont pas de statut, pas d’assurance, pas d’intermittence. Parallèlement alors, je suis associé au B-Rock à Casablanca et je viens de terminer mes études en Direction photographique à l’Ecole supérieure de l’audiovisuel (ESAV) à Marrakech.

Vous pensez arriver à le faire un jour ?

Avec ce qui se passe au Maroc, personne n’est encouragé à continuer dans la musique. Le domaine n’est pas très professionnalisé. Si le Bureau marocain des droits d’auteur ne fait pas correctement son travail, les artistes peuvent toujours s’inscrire à la SACEM (en France). Mais c’est difficile de vivre de ce qu’on aime au Maroc. Je pense à des groupes comme Darga, par exemple. Tout a chamboulé en deux ans.

Vous continuez l’aventure tout de même, un nouvel album sera dans les bacs prochainement…

Oui, l’année prochaine. Nous avons essayé d’y visiter un autre registre que celui très rythmé de notre actuel album en tournée. Les textes sont prêts, les chansons sont composées. Nous y introduirons beaucoup d’acoustique, c’est le meilleur plat à donner.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être à Essaouira, dans le cadre du festival ?

C’est magique. C’est un festival qui a de l’esprit, une âme. Ça ressemble au Festival Alegria, à L’Boulevard, et il évolue positivement. Nous aimerions y revenir autant de fois que possible. Ses directeurs artistiques sont de fins connaisseurs de la musique. A l’instar de Karim Ziad, un vrai connaisseur, il l’est profondément.

 

Ghita Zine. La Vie éco
www.lavieeco.com

2013-06-28