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L’INTERROGATOIRE. KARIM ZIAD CO-DIRECTEUR DU FESTIVAL GNAOUA

L’INTERROGATOIRE. KARIM ZIAD CO-DIRECTEUR DU FESTIVAL GNAOUA

in telQuel online. 28 Juin 2013 Par : Hicham OulmouddaneL

Essaouira est un aspirateur à esprits

Smyet bak ?
Mustapha Ziad.

Smyet mok?
Malika.

Nimirou d’la carte?
Je ne le retiens jamais. Je n’en ai pas besoin, ici je suis dans mon pays (rire).

Vous venez de donner un concert à Fès. Vous n’êtes pas censé être à Essaouira pour préparer le festival ?
Oui, c’est vrai, mais je ne raterai pour rien au monde le Festival de Fès et son esprit particulier. On a joué devant 50 000 spectateurs et le public a été très réactif avec Hamid Kasri.

Pendant le Festival d’Essaouira, on vous voit accroché à votre talkie-walkie en train de donner des ordres ?
Non. Mes journées commencent à midi et se prolongent jusque tard dans la soirée. Je veille à la préparation des shows et au contact entre les musiciens marocains et étrangers dans les résidences d’artistes. J’essaye de ne pas me coucher trop tard pour être en forme chaque matin. Le stress est à son comble trois jours avant le festival, mais dès que ça commence, ça roule tout seul.

Vous subissez les caprices des stars comme à Mawazine ?
C’est valable pour certains, mais après une journée à s’imprégner de l’esprit de la ville, ils se relâchent et sont rattrapés par la sérénité. Certains artistes sont arrivés ici avec beaucoup d’appréhension, mais maintenant ils nous demandent de revenir chaque année. Essaouira est un aspirateur à esprits.

L’édition 2013 s’annonce comme un bon cru. C’est pour répondre à ceux qui pensent que le festival s’est un peu essoufflé ?
Je ne partage pas cet avis. Nous tenons à sauvegarder notre identité, je dirai même que nous sommes contre le fait d’inviter des stars à venir se produire.
Si ça ne tenait qu’à moi, je n’inviterais que de bons musiciens qui ne font pas partie du star system.

Ne pensez-vous pas que le répertoire de la musique gnaouie est en mal de renouveau ?
Ça dépend des maâlems. Il est vrai que pour fédérer le public, ils jouent souvent des morceaux connus. C’est pendant l’ambiance intimiste des lilas qu’on découvre toute la richesse de cette musique et les maâlems se surpassent pour réinventer le répertoire.

Est-ce qu’il y a de bons batteurs au Maroc ?
Il existe de très bons batteurs dans certains groupes de fusion. Ce qui manque, c’est le perfectionnement de leur style grâce à des masters class et la rencontre avec d’autres musiciens plus expérimentés. Malheureusement, ils sont obligés de partir à l’étranger pour mieux évoluer.

Certains pensent que la fusion est devenue un label fourre-tout. Quel est votre avis ?
Ça dépend. Certains musiciens font preuve de beaucoup d’originalité alors que d’autres présentent un travail pas toujours intéressant. Il n’y a aucun intérêt à vouloir absolument jouer du gnaoui salsa, du gnaoui reggae ou je ne sais quel autre mélange, sans respecter l’esprit de la musique de base.

Est-ce que vous retrouvez un peu de l’esprit d’Alger au Maroc ?
Absolument, surtout à Casablanca où les jeunes ne cessent de réinventer les attitudes sociales et le langage. A chaque fois que je rentre à Alger ou à Casablanca, je découvre de nouvelles expressions. J’aime la fraîcheur de la jeunesse.

Avez-vous l’habitude de fréquenter les lieux hype de Casablanca ?

Pas du tout. Comme je suis loin d’être un nightclubber, je me pose chez mes amis Fehd Benchemsi ou Mina Tahiri. Quand je suis à Rabat, je passe le plus clair de mon temps avec l’artiste Hamid El Kasri pour joindre l’utile à l’agréable.

Vous faites partie de ces 90 000 Algériens qui passent leurs vacances au Maroc. Quelle est votre destination préférée ?
Je préfère passer du temps à Tamslouht, chez mon ami le mâalem Abdelkebir Merchane. C’est là que je me repose. L’air est pur et les paysages des contreforts de l’Atlas sont époustouflants. On mange bien et on joue de la bonne musique. J’aime les choses simples de la vie.

Comme les huîtres par exemple ?
Absolument ! A chaque fois que je suis à Casablanca, je vais chez Latifa qui tient une échoppe de poissons au Marché central. Parfois j’en mange jusqu’à deux fois par jour. C’est mon péché mignon.

Un batteur doit-il faire attention pour garder la forme, comme un sportif ?
Oui, la batterie est un instrument très physique. Il faut avoir une bonne hygiène de vie et être au top. Pendant les tournées, j’essaye de ne pas dormir tard et je mange beaucoup de produits du terroir, que je trouve dans les souks en Algérie ou au Maroc.

Il paraît que vous avez le vertige quand vous êtes à la montagne ?
(Rire) Ce n’est pas vrai du tout. Cette année, j’ai remonté le mont Toubkal avec des amis, pour visiter Sidi Chamharouch. J’ai eu un petit malaise, qui n’avait rien à voir avec la hauteur, et j’ai abandonné. Depuis, je me fais chambrer pour ça.

Comment faites-vous pour passer du chaâbi au jazz ?
A l’époque on jouait du chaâbi, du rock ou encore du twist, lors des mariages. C’est en variant les styles qu’on forge sa propre identité. Lorsqu’un artiste a envie de vous avoir sur un disque ou une tournée, c’est qu’il pense que vous avez le bagage nécessaire pour sortir un son bien précis.

Avec quel musicien aimeriez-vous jouer un jour ?
J’en ai plusieurs en tête, mais c’est Chick Corea qui reste mon fantasme absolu. Je l’ai rencontré une fois, mais je n’ai pas osé le lui demander. C’est un monstre musical qui vous intimide par sa simplicité et son savoir.

ça fait longtemps que vous n’avez pas sorti d’album…
Mais je ne chôme pas pour autant. J’ai travaillé sur un nouvel album intitulé Jdid. J’ai pris mon temps pour sortir quelque chose de nouveau, sans m’éloigner de l’esprit jazzy qui a dominé mes albums solo. Je l’ai joué en avant-première à Alger le mois dernier et la réaction du public était plutôt bonne. Je vais en jouer une partie à Essaouira.

En plus de Fès, vous allez également jouer à Essaouira, à Timitar et au Festival du raï d’Oujda.
Allez-vous vous installer définitivement au Maroc, comme Khaled ?

Oui, pourquoi pas dans deux ou trois ans, quand j’aurai une maison et des enfants. Je me plais bien ici, le reste c’est le mektoub.

Antécédents

1966 Voit le jour à Alger
1987 Rejoint l’Ecole supérieure de batterie Emmanuel Boursault à Paris
1988 Débute sa carrière aux côtés de Khaled et Cheb Mami
1999 Part pour une tournée de deux ans avec Jo Zawinul
2003 Sortie de l’album Chabiba
2013 Présente l’album Jdid, qui sera lancé en octobre

 

Avec sa bonhomie habituelle, Karim Ziad nous accueille par un “ça va l’kho ?”, assaisonné d’un accent algérois pur jus. Dans la galaxie musicale, il fait figure de boîte à rythme multifonction. Bercé par les sons des seventies, il manie déjà très bien les baguettes dès l’âge de quinze ans. “A force de jouer dans les mariages, on apprend plusieurs astuces”, lance-t-il l’air détaché. Il cultive alors sa passion pour le jazz-rock secrètement. “J’ai été bouleversé pas le son nouveau du groupe Weather Report”, confie-t-il, un brin nostalgique. Pour perfectionner son jeu, il quitte son Algérie natale et rejoint Paris, où d’autres artistes comme Safy Boutella, Cheb Mami ou encore Khaled sont déjà installés. Ces derniers se l’arrachent et, grâce à son excellent kick, il se taille une bonne réputation dans le milieu du jazz français. Et le Maroc alors ? “La rencontre avec les musiciens gnaouis est venue naturellement, c’est mon second pays”, répond Karim qui, après un concert à Fès, s’est envolé pour Essaouira avant d’enchaîner avec Timitar. Un véritable nomade du rythme.

Radio Hchicha

juillet 8th, 2013

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