[Entretien] Hasna El Becharia: Gnawi rebelle, attitude rock

Hasna El Becharia rayonne dans le Maghreb et tourne régulièrement en Europe depuis une quinzaine d'années. Ce soir, elle se produira pour la première fois devant un public montréalais. PHOTO FOURNIE PAR NUITS D'AFRIQUE
Hasna El Becharia rayonne dans le Maghreb et tourne régulièrement en Europe depuis une quinzaine d’années. Ce soir, elle se produira pour la première fois devant un public montréalais.
PHOTO FOURNIE PAR NUITS D’AFRIQUE

Par ALAIN BRUNET

LaPresse.ca 09/07/2012

L’histoire de Hasna El Becharia, celle que certains nomment la rockeuse du désert, est un chapitre passionnant sur la vie des femmes musiciennes issues de la communauté gnawa.

Rappelons que la musique et les rituels gnawas ont été introduits au Maroc par les descendants d’esclaves venus de l’Afrique noire. Certains se trouvent désormais en zone algérienne et tunisienne, aux abords septentrionaux du Sahara. Dans les années 60 et 70, leur art propice à la transe a inspiré des artistes du rock (Brian Jones, notamment) ou du jazz (Randy Weston).

Quant à la pratique féminine du gnawi, elle fut occultée jusqu’à ce que notre interviewée s’en mêle!

Hasna El Becharia s’amène pour la première fois à Montréal, dans le cadre des Nuits d’Afrique qui démarrent aujourd’hui. Originaire de l’Algérie, elle rayonne dans le Maghreb et tourne régulièrement en Europe depuis une quinzaine d’années. Instrumentiste renommée, chanteuse à la voix d’outre-tombe, pour ne pas dire reptilienne, elle vit entre Paris et Béchar, sa ville natale située aux portes du désert et proche de la frontière marocaine.

«La musique gnawa algérienne est assez similaire à la marocaine, quoiqu’il existe une différence dans la façon de chanter et de jouer le gumbri», indique-t-elle par la voix de sa choriste Souad Asla qui en traduit l’arabe dialectal. Le gumbri est un instrument à cordes pincées, central dans la musique gnawa. Sorte de guitare du désert.

«Les Gnawas algériens ont un jeu différent. Plus traditionnel, moins soumis à des changements ces dernières années. Du coup, il est plus authentique, plus brut», estime cette femme née en 1950, à la fois soucieuse de préserver ses traditions ancestrales et de les transgresser en les adaptant au contexte d’aujourd’hui.

Hasna joue le gumbri, mais aussi la guitare électrique et le banjo. Dans les années 50, 60 et 70, cela tenait carrément du sacrilège.

«Dans la confrérie gnawa, explique Souad Asla, certaines cérémonies s’adressent exclusivement aux femmes. Jusqu’à une période récente, celles-ci n’étaient autorisées à jouer que la percussion. Puisqu’elles étaient considérées impures, elles ne pouvaient toucher le gumbri, un instrument sacré. Maître de musique gnawa [mâallem], le père de Hasna le lui interdisait, mais elle se cachait pour en jouer. Dès qu’il la surprenait, il la frappait. Malgré cela, elle a dit non à cette règle.»

Choisir son destin

Hasna El Becharia eut tôt fait de choisir un autre destin. À peine sortie de l’adolescence, elle rompit les liens d’un mariage arrangé et apprit le métier de musicienne. «Elle s’est libérée très jeune, mais en a payé le prix», estime la choriste de Hasna, avant d’en résumer le long purgatoire.

«Son père a quitté sa famille lorsqu’elle venait d’avoir 18 ans. Il lui a laissé la charge entière de ses frères et soeurs, de sa maman devenue aveugle. Du coup, le seul moyen qui lui permettait de subvenir aux besoins de ses parents et de ses propres enfants était la musique. Dans ce contexte, elle dut vivre seule pendant plusieurs années. Mais sa maison était devenue un havre de paix, maison ouverte aux femmes en difficultés: prostituées, femmes rejetées par leurs parents, exclues de leur foyer. Lorsque j’étais toute petite, Hasna avait mauvaise réputation. On nous disait de ne pas l’approcher… Puis j’ai compris qu’on la rejetait parce qu’elle était libre.»

Vu ses responsabilités familiales, on la laissait faire sa musique. Hasna gagnait sa vie entre autres en jouant dans les mariages, dont certaines parties étaient exclusivement réservées à la gent féminine. Souad en témoigne: «C’était plus intense qu’un concert rock! À la première note de sa guitare blanche, toutes les femmes se levaient. Elles étaient trop belles lorsqu’elles passaient ces heures de liberté avant de retourner à leurs tâches. Les hommes n’y avaient pas accès, ils écoutaient aux portes, jaloux de notre plaisir.»

Au fil du temps, des promoteurs eurent vent de cette rebelle gnawa, en voie de devenir la rockeuse du désert. Elle put voyager jusqu’en France et en Europe; la voici en Amérique du Nord, la voici à Montréal.

«Aujourd’hui, dit Souad Asla, son statut est différent parce qu’elle a été reconnue à l’étranger. Hasna est la star de sa communauté. Grâce à ses efforts, en tout cas, les choses ont avancé. Non seulement pour les femmes de notre communauté, mais aussi pour notre culture. Elle n’exprime, d’ailleurs, aucune rancune à l’endroit de ceux qui lui ont causé du tort, ayant acquis patience et sagesse.»

«Maintenant, conclut Hasna en arabe que traduit sa choriste, des hommes qui m’avaient répudiée me présentent leur femme et leurs filles pour que je leur apprenne la musique.»

Tiens, toi.

Dans le cadre des Nuits d’Afrique, Hasna El Becharia se produit ce soir, à 20h30, au Cabaret du Mile-End.

LAPRESSE.CA

L’INTERROGATOIRE. KARIM ZIAD CO-DIRECTEUR DU FESTIVAL GNAOUA

in telQuel online. 28 Juin 2013 Par : Hicham OulmouddaneL

Essaouira est un aspirateur à esprits

Smyet bak ?
Mustapha Ziad.

Smyet mok?
Malika.

Nimirou d’la carte?
Je ne le retiens jamais. Je n’en ai pas besoin, ici je suis dans mon pays (rire).

Vous venez de donner un concert à Fès. Vous n’êtes pas censé être à Essaouira pour préparer le festival ?
Oui, c’est vrai, mais je ne raterai pour rien au monde le Festival de Fès et son esprit particulier. On a joué devant 50 000 spectateurs et le public a été très réactif avec Hamid Kasri.

Pendant le Festival d’Essaouira, on vous voit accroché à votre talkie-walkie en train de donner des ordres ?
Non. Mes journées commencent à midi et se prolongent jusque tard dans la soirée. Je veille à la préparation des shows et au contact entre les musiciens marocains et étrangers dans les résidences d’artistes. J’essaye de ne pas me coucher trop tard pour être en forme chaque matin. Le stress est à son comble trois jours avant le festival, mais dès que ça commence, ça roule tout seul.

Vous subissez les caprices des stars comme à Mawazine ?
C’est valable pour certains, mais après une journée à s’imprégner de l’esprit de la ville, ils se relâchent et sont rattrapés par la sérénité. Certains artistes sont arrivés ici avec beaucoup d’appréhension, mais maintenant ils nous demandent de revenir chaque année. Essaouira est un aspirateur à esprits.

L’édition 2013 s’annonce comme un bon cru. C’est pour répondre à ceux qui pensent que le festival s’est un peu essoufflé ?
Je ne partage pas cet avis. Nous tenons à sauvegarder notre identité, je dirai même que nous sommes contre le fait d’inviter des stars à venir se produire.
Si ça ne tenait qu’à moi, je n’inviterais que de bons musiciens qui ne font pas partie du star system.

Ne pensez-vous pas que le répertoire de la musique gnaouie est en mal de renouveau ?
Ça dépend des maâlems. Il est vrai que pour fédérer le public, ils jouent souvent des morceaux connus. C’est pendant l’ambiance intimiste des lilas qu’on découvre toute la richesse de cette musique et les maâlems se surpassent pour réinventer le répertoire.

Est-ce qu’il y a de bons batteurs au Maroc ?
Il existe de très bons batteurs dans certains groupes de fusion. Ce qui manque, c’est le perfectionnement de leur style grâce à des masters class et la rencontre avec d’autres musiciens plus expérimentés. Malheureusement, ils sont obligés de partir à l’étranger pour mieux évoluer.

Certains pensent que la fusion est devenue un label fourre-tout. Quel est votre avis ?
Ça dépend. Certains musiciens font preuve de beaucoup d’originalité alors que d’autres présentent un travail pas toujours intéressant. Il n’y a aucun intérêt à vouloir absolument jouer du gnaoui salsa, du gnaoui reggae ou je ne sais quel autre mélange, sans respecter l’esprit de la musique de base.

Est-ce que vous retrouvez un peu de l’esprit d’Alger au Maroc ?
Absolument, surtout à Casablanca où les jeunes ne cessent de réinventer les attitudes sociales et le langage. A chaque fois que je rentre à Alger ou à Casablanca, je découvre de nouvelles expressions. J’aime la fraîcheur de la jeunesse.

Avez-vous l’habitude de fréquenter les lieux hype de Casablanca ?

Pas du tout. Comme je suis loin d’être un nightclubber, je me pose chez mes amis Fehd Benchemsi ou Mina Tahiri. Quand je suis à Rabat, je passe le plus clair de mon temps avec l’artiste Hamid El Kasri pour joindre l’utile à l’agréable.

Vous faites partie de ces 90 000 Algériens qui passent leurs vacances au Maroc. Quelle est votre destination préférée ?
Je préfère passer du temps à Tamslouht, chez mon ami le mâalem Abdelkebir Merchane. C’est là que je me repose. L’air est pur et les paysages des contreforts de l’Atlas sont époustouflants. On mange bien et on joue de la bonne musique. J’aime les choses simples de la vie.

Comme les huîtres par exemple ?
Absolument ! A chaque fois que je suis à Casablanca, je vais chez Latifa qui tient une échoppe de poissons au Marché central. Parfois j’en mange jusqu’à deux fois par jour. C’est mon péché mignon.

Un batteur doit-il faire attention pour garder la forme, comme un sportif ?
Oui, la batterie est un instrument très physique. Il faut avoir une bonne hygiène de vie et être au top. Pendant les tournées, j’essaye de ne pas dormir tard et je mange beaucoup de produits du terroir, que je trouve dans les souks en Algérie ou au Maroc.

Il paraît que vous avez le vertige quand vous êtes à la montagne ?
(Rire) Ce n’est pas vrai du tout. Cette année, j’ai remonté le mont Toubkal avec des amis, pour visiter Sidi Chamharouch. J’ai eu un petit malaise, qui n’avait rien à voir avec la hauteur, et j’ai abandonné. Depuis, je me fais chambrer pour ça.

Comment faites-vous pour passer du chaâbi au jazz ?
A l’époque on jouait du chaâbi, du rock ou encore du twist, lors des mariages. C’est en variant les styles qu’on forge sa propre identité. Lorsqu’un artiste a envie de vous avoir sur un disque ou une tournée, c’est qu’il pense que vous avez le bagage nécessaire pour sortir un son bien précis.

Avec quel musicien aimeriez-vous jouer un jour ?
J’en ai plusieurs en tête, mais c’est Chick Corea qui reste mon fantasme absolu. Je l’ai rencontré une fois, mais je n’ai pas osé le lui demander. C’est un monstre musical qui vous intimide par sa simplicité et son savoir.

ça fait longtemps que vous n’avez pas sorti d’album…
Mais je ne chôme pas pour autant. J’ai travaillé sur un nouvel album intitulé Jdid. J’ai pris mon temps pour sortir quelque chose de nouveau, sans m’éloigner de l’esprit jazzy qui a dominé mes albums solo. Je l’ai joué en avant-première à Alger le mois dernier et la réaction du public était plutôt bonne. Je vais en jouer une partie à Essaouira.

En plus de Fès, vous allez également jouer à Essaouira, à Timitar et au Festival du raï d’Oujda.
Allez-vous vous installer définitivement au Maroc, comme Khaled ?

Oui, pourquoi pas dans deux ou trois ans, quand j’aurai une maison et des enfants. Je me plais bien ici, le reste c’est le mektoub.

Antécédents

1966 Voit le jour à Alger
1987 Rejoint l’Ecole supérieure de batterie Emmanuel Boursault à Paris
1988 Débute sa carrière aux côtés de Khaled et Cheb Mami
1999 Part pour une tournée de deux ans avec Jo Zawinul
2003 Sortie de l’album Chabiba
2013 Présente l’album Jdid, qui sera lancé en octobre

 

Avec sa bonhomie habituelle, Karim Ziad nous accueille par un “ça va l’kho ?”, assaisonné d’un accent algérois pur jus. Dans la galaxie musicale, il fait figure de boîte à rythme multifonction. Bercé par les sons des seventies, il manie déjà très bien les baguettes dès l’âge de quinze ans. “A force de jouer dans les mariages, on apprend plusieurs astuces”, lance-t-il l’air détaché. Il cultive alors sa passion pour le jazz-rock secrètement. “J’ai été bouleversé pas le son nouveau du groupe Weather Report”, confie-t-il, un brin nostalgique. Pour perfectionner son jeu, il quitte son Algérie natale et rejoint Paris, où d’autres artistes comme Safy Boutella, Cheb Mami ou encore Khaled sont déjà installés. Ces derniers se l’arrachent et, grâce à son excellent kick, il se taille une bonne réputation dans le milieu du jazz français. Et le Maroc alors ? “La rencontre avec les musiciens gnaouis est venue naturellement, c’est mon second pays”, répond Karim qui, après un concert à Fès, s’est envolé pour Essaouira avant d’enchaîner avec Timitar. Un véritable nomade du rythme.

[Émission] Réécouter « Live avec les auditeurs » Samedi 06 juillet 2013 – Sujet : Coups d’État en Égypte

Partisan-de-Mohamed-Morsi-president-dechu-Egypte_scalewidth_630Enregistrement de l’émission de ce samedi soir – 20h – 22h sur RadioHchicha.COM

Live avec les auditeurs, l’antenne est ouverte aux commentaires des auditeurs au sujet des événements en Égypte depuis le coups de force militaire contre le président Morsi.

 

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Durée 02 heures.
Taille du fichier : 116 MO