MARCUS MILLER, IBRAHIM MAALOUF ET MAÂLEM MUSTAPHA BAQBOU

LORS DU FESTIVAL D’ESSAOUIRA GNAOUA ET MUSIQUES DU MONDE

Intense, indescriptible… sacrée soirée !

Par : Sara Kharfi in Liberté Algérie du 16 06 2014

Marcus Miller et Maalem Mustapha Baqbou.  © Copyright: Brahim Taougar - Le360.ma
Marcus Miller et Maalem Mustapha Baqbou. © Copyright: Brahim Taougar – Le360.ma

L’avant-dernière soirée du festival (du 12 au 15 juin) a vu défiler des as de la musique, à commencer par Ibrahim Maalouf qui a littéralement transporté l’assistance. Ensuite, maâlem Mustapha Baqbou a mis le feu à la place Moulay-el-Hassan, mais la foule en délire en redemandait. La performance du maître de la basse, Marcus Miller, a subjugué, voire figé le public, tant par sa maîtrise de l’instrument, que par sa générosité et le talent incroyable de ses musiciens. Il réalisera également une jam session avec le maâlem Baqbou.

La musique ne peut certes pas changer le monde et encore moins notre monde en souffrance, mais elle peut tout de même changer (ou faire évoluer) notre vision du monde. Cela s’est largement confirmé, samedi soir, lors de l’avant-dernière soirée du Festival d’Essaouira gnaoua et musiques du monde, qui devait prendre fin hier soir. Les artistes qui se sont succédé sur la grande scène du festival de la place Moulay-el-Hassan ont transmis une énergie tellement positive par le biais d’une musique extrêmement bien pensée, une remarquable maîtrise des instruments et surtout une incroyable générosité, de telle sorte qu’ils ont, chacun à sa manière, réussi à communiquer avec le public en effervescence. Une soirée d’une grande émotion, d’où on sort tout simplement plein de bonheur.

Cette soirée a démarré avec la prestation de maâlem Abdenbi Guadari de Casablanca et sa formation Sidi Mimoun. Le Franco-Libanais Ibrahim Maalouf succédera au maâlem. Muni de sa trompette à quarts de ton, inventée par son père Nassim dans les années 1960, il n’en a pas fallu plus à Ibrahim Maalouf pour séduire les spectateurs, les plongeant dans une atmosphère de méditation, de recueillement, de contemplation. Sa trompette aidant, le virtuose propose des compositions originales, somme de plusieurs influences, avec un ancrage dans la musique arabe.

Fabuleux ! Après cette intense prestation, tant par son aspect musical qu’émotionnel, maâlem Mustapha Baqbou donnera un peu de rythme à cette soirée. Maniant le goumbri avec dextérité et interprétant les morceaux de tagnaouite avec un savoir-faire remarquable, maâlem Baqbou, qui a fait partie du célèbre groupe Jil Jilala, a marqué cette soirée par sa classe et son talent. Marcus Miller, véritable génie de la basse qui a collaboré avec des grands noms de la musique, notamment Miles Davis, a, à la fois, donné une leçon de musique mais également de générosité.

Près de deux heures après le début de sa prestation, Marcus Miller – qui a fêté son anniversaire sur scène, les spectateurs le lui ont d’ailleurs souhaité et il leur a répondu avec sa basse – et son très nombreux public étaient toujours en forme, en “contact”. Après sa performance (basse, basse clarinette), portée également par ses brillants musiciens (Alex Han au saxophone, Lee Hogans à la trompette, Brett Williams au clavier, Adam Agati à la guitare, Louis Cato à la batterie), il réalisera une jam session (ou une fusion) avec maâlem Mustapha Baqbou et son groupe. Sobrement, les musiciens de Marcus Miller s’adapteront et s’intégreront au jeu des Gnawa et à la musique gnaoua, interprétant ainsi plusieurs morceaux de tagnaouite. Il est impossible de restituer fidèlement ce concert, parce que certaines choses et notamment les plus belles d’entre elles ne s’expliquent pas. Elles se vivent. Des maîtres de la musique ont donné des accents d’éternité à cette mémorable soirée. Tous ont travaillé sur le lien avec le public, réussissant ainsi à transmettre ce qu’ils font et ce qu’ils sont. L’un des plus beaux souvenirs de cette 17e édition.
S. K.

Festival Gnaoua d’Essaouira, une histoire africaine 17e édition

rfimusique.com 16/06/2014 – 

Maâlem Mohamed Kouyou © B. Brun
Maâlem Mohamed Kouyou © B. Brun

Du 12 au 15 juin, la ville d’Essaouira au Maroc a accueilli la 17e édition du Festival Gnaoua et des musiques du Monde. Nous avons suivi ce rendez-vous qui a amené la tradition musicale marocaine sur scène et lui a permis de fusionner largement avec d’autres musiques.

Le soleil s’efface sur les tours de l’ancienne Mogador et les drapeaux marocains flottent à l’horizon. En ce début de soirée, la place Moulay Hassan est noire de monde et c’est un peu comme si toute la ville d’Essaouira avait afflué là : jeunes et moins jeunes, parents et grands-parents, enfants et très petits enfants… Tous ont pris place pour assister aux derniers moments du Festival Gnaoua et des musiques du Monde dont la 17e édition s’est achevée dimanche 15 juin devant des milliers de personnes. Alors qu’un peu plus tôt dans la journée, la cité semblait vivre au rythme de son activité touristique, ses remparts sont balayés à cette heure par le géant malien Bassekou Kouyaté, le Maâlem gnaoua  Hamid El Kasri, et leur vingtaine de musiciens.

Déjà venu en 2007 sur ces bords de la côte Atlantique, Bassekou Kouyaté a eu les honneurs d’Essaouira. Il y aura d’abord eu un concert magique, tard dans la nuit de vendredi, et puis un dimanche qu’on n’est pas prêt d’oublier. « La musique gnaoua, c’est un peu la musique des chasseurs au Mali ou la musique des peuls, estimait l’ancien protégé d’Ali Farka Touré, quelques heures avant de monter sur scène. La première fois que je suis venu ici, j’ai cherché à savoir quels étaient les liens entre le ngoni et leguembri et on m’a dit : ‘Mais Bassekou, il y a 300 ans, les esclaves qui ont remonté vers le nord du Mali, c’est eux qui ont amené le guembri !’ Ici, on l’appelle guembri, mais au Mali, il porte plusieurs noms, selon les ethnies. Chez nous, dans le Segu, c’est le ngoni, mais ce sont les mêmes instruments… « 

 


Il fallait voir le grand Bassekou accompagné « de sa famille »  et d’une dizaine de musiciens pour bien comprendre la force de ce dialogue inter-Afrique. Se mettant en première ligne pour ses solos ou amenant les autres dans la lumière, celui qui a révolutionné son instrument a tracé des ponts entre la tradition de son pays et celle du Maroc. « Je me sens chez moi au Maroc, on est toujours en Afrique. Je joue avec ma femme, mes enfants, mon frère, mon cousin, mais avec Monsieur Kasri, on a formé une famille élargie. On ne se connaissait pas, on s’est vu seulement une journée mais la connexion s’est bien faite. Parce que c’est un Africain et qu’en Afrique, c’est comme ça… » poursuivait le même Bassekou.

La fusion des musiques

 

© B. Brun Bassekou Kouyaté
© B. Brun Bassekou Kouyaté

 Pour cette édition, on aura ainsi assisté à des rencontres entre le pianiste martiniquais Mario Canonge, le violoniste Didier Lockwood ou le bassiste Marcus Miller et différents Maâlems (les maîtres gnaouas, NDLR).Bamako- Essaouira, Fort-de-France-Essaouira, Essaouira-on ne sait trop où. Depuis sa création, en 1998, la particularité du festival Gnaoua est la fusion entre une musique traditionnelle arrivée au Maroc par les esclaves noirs et des grands musiciens venus d’un peu partout dans le monde.

« Au départ, les Gnaouas jouaient plutôt dans les rues, ils mendiaient, c’était comme des gitans, en fait, indique Neila Tazi. Et quand on a démarré le festival, ils n’étaient pas conscients de ce dans quoi ils s’embarquaient. Petit à petit, les fusions ont permis à certains de maîtriser l’art de la scène, mais d’autres sont toujours programmés dans de petits lieux, dans des lilas (la nuit rituelle, NDLR) plus traditionnelles. »

 


A la lisière de son souk fumant de sardines, de merguez, de brochettes de poulet grillées, Essaouira présente aussi un aperçu plus large de cette culture passée par la grâce de son festival, des processions itinérantes à la scène. Au plus près d’un public assis sur des tapis, les Gnaouas chantent, jouent des crotales, dansent et le dialogue des Maâlems évoque bien les origines spirituelles, voire ésotériques, de leur art ambulant.

« Tout le répertoire traditionnel marocain n’est pas une musique de scène, le concept même de festival au Maroc est quelque chose de très récent. Notre culture est celle des moussems, nos fêtes foraines, c’est-à-dire la rencontre des villageois dans une fête agraire où la musique est produite en plein air »,
observe le musicologue Ahmed Aydoun, qui a réalisé une anthologie de la musique gnaoua.

Dimanche, c’est donc de cette histoire de l’Afrique en mouvement que le concert de Bassekou Kouyaté avec le Maâlem Hamid El Kasri, était chargé.
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3 questions à Mario  Canonge : « Comprendre la musique gnaoua »

 


Le jazzman martiniquais Mario Canonge a partagé la grande scène du festival d’Essaouira, avec le Maâlem Kouyou. Rencontre à chaud, vendredi 13 juin, juste après son concert.

RFI Musique : L’impression qu’on a eue en vous voyant sur scène, c’est celle d’une grande joie…
Mario Canonge :
 D’abord, il y a eu cette première partie où j’ai joué mes morceaux, en trio. Quand on est comme ça, en petite formation, c’est vrai que je plus l’habitude des salles plus petites que des grandes scènes d’un festival. Et puis, il y a cette deuxième partie, où nous avons partagé la scène avec le Maâlem Kouyou et les Gnaouas, et avec eux, il y a eu je crois, des instants magiques, de transe, tant cette musique a quelque chose de spirituel. Elle est dans une rythmique hors d’âge qui vient du fond des temps.

© B. Brun Mario Canonge
© B. Brun Mario Canonge

De quelle façon arrive-t-on à une alchimie entre le piano de votre jazz caribéen et les crotales ?
Par l’écoute, par le fait d’entrer en communion avec les musiciens. Ensuite, on se laisse aller jusqu’au moment où on arrive tous sur le même bateau et qu’il voyage. Pour moi, ce qui était important, c’était de comprendre comment ça marche, sans imposer notre façon de voir les choses, de me fondre dans la compréhension de cette musique. Même s’il y avait cette notion d’improvisation, c’était le contraire d’un bœuf où chaque musicien se met en avant à moment donné.

C’est la première fois que vous donnez un concert au festival gnaoua. Comment avez-vous découvert cette musique ?
J’avais déjà entendu parler de cette musique grâce à Karim Ziad (l’un des programmateurs du Festival Gnaoua d’Essaouira, NDLR), qui a fait beaucoup pour qu’on la connaisse à Paris. Mais l’entendre sur disque, c’est une chose, et jouer avec les musiciens sur scène, c’en est une autre. C’est une expérience qui nous pénètre, qui nous transporte, qui nous élève. En plus du festival, il y a cette ville, qui est un décor pour les Mille et une nuits, et je remarque aussi qu’il y a tout un mélange de cultures, il y a des gens qui viennent de partout et tout se fait dans un esprit assez ouvert. Essaouira, ça peut être une leçon pour énormément de choses qui pourraient être plus politiques mais je m’arrête là…

Site du Festival Gnaoua et des musiques du Monde

Par Bastien Brun

Malya Saadi “Je dois tout à mon père”

Malya Saadi : Chanteuse et artiste peintre

Par : fayçal charif
liberte-algerie.com 08/06/2014

Malya Saadi. Chanteuse Musicienne.
Malya Saadi. Chanteuse Musicienne.

Douce dans le verbe et sensible dans ses notes musicales, elle se dévoile avec une voix berceuse et envoûtante qui transporte le public vers les rivages du souvenir, le dépose aux portes de la nostalgie et aux frontières du rêve. Elle tient sa douceur d’esprit, son amour de l’art et son penchant pour le châabi de son père, H’ssisen Saâdi, auteur compositeur, interprète de chaâbi et également peintre. Nous avons rencontré l’artiste…fille d’artiste.

Liberté : Vous êtes née dans un espace fait de musique et d’art. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Malya Saâdi : J’ai été élevée dans une famille d’artistes. Mon père est artiste-né et ma mère adorait l’art. La musique châabi et d’autres genres musicaux ont égayé mon enfance et une partie de mon adolescence. Je me couchais et me réveillais sur les belles mélodies du châabi et de l’andalou et sur la belle voix de mon père qui m’a bercée des années durant. Un père à qui je dois tout artistiquement.
C’est lui qui m’a transmis l’amour de l’art et de la musique. Je me revois toute petite en train de chanter avec lui ou de l’écouter chanter. Je me revois en train d’admirer les touches de ses pinceaux sur une toile de peinture. Mon père a beaucoup marqué mon enfance et auprès de lui, j’ai tout appris. J’ai été une fille comblée qui avait de la chance d’avoir un père comme lui.

Comment résumez-vous votre parcours artistique ?

Il n’était pas dit que j’allais devenir une artiste seulement par le fait que je sois membre d’une famille d’artistes et que mon père était chanteur.
Je ne suis devenue artiste que par la rencontre de plusieurs facteurs, entre autres la recherche dans la musique, la découverte des autres genres de musique, la rencontre et l’échange avec d’autres artistes du monde. Ma famille, et surtout mon père, ont été un plus qui m’a donné de la confiance et la protection et qui m’a appris à être une vraie artiste, créatrice et surtout modeste.Mon arrivée en France a donné un élan à mon envie de chanter et de peindre tout comme mon père. L’exil m’a donné des ressentis que j’exprime aujourd’hui dans mes chansons. Le châabi dans son authenticité, que j’ai apprivoisé avec mon père, m’inspire pour produire une musique traditionnellement algérienne mais qui va puiser dans la musique du monde.
Ici, en France, j’ai pu avoir cette opportunité d’approcher des genres musicaux qui enrichissent les notes. Ma belle expérience était de monter plusieurs fois sur scène avec un groupe de musiciens et chanteurs gitans. Dès le début, j’avais laissé le destin faire les choses, et je suis parvenu à réaliser mon premier album Ya Bhar.

Quelle est l’histoire de cet album qui a eu un franc succès, surtout en  Algérie ?

J’ai été très contente de l’accueil réservé à mon album en Algérie, et ici en France par la communauté algérienne et même par beaucoup de Français qui ont apprécié le rythme et les notes. Je ne pouvais pas demander plus.
Dans cet album, je voulais faire découvrir le châabi avec des notes contemporaines. Je voulais également rendre hommage aux ténors du châabi, comme El Hadj M’hammed El Anka avec Sobhan lah ya l’tif, à celui qui l’a écrite en 1970, Mustapha Toumi.
Le projet de l’album portait beaucoup d’idées, comme chanter en hommage à Fadila Dziria, El Hachemi Gueroubi, Amar Ezzahi, mais j’ai préféré différer ces idées.

Vous avez donné pour titre à votre album la chanson Ya Bahr, une ancienne chanson de votre père. C’est un clin d’œil à H’ssisen le chanteur et le père ?

Tout à fait. Tout l’album est dédié à mon père. Je voulais lui rendre hommage à ma manière en réalisant cet album et en reprenant une de ses anciennes et belles chansons Ya Bhar. Une merveille poétique écrite par Stambouli Mahboub.

Quel est le message que vous transmettez dans vos chansons ?

Je veux transmettre la belle parole que porte le châabi, mais aussi le souvenir, la nostalgie, le manque et l’amour de l’Algérie. Dans l’album, je raconte un peu ma vie, mon vécu, mes émotions.

Quels sont vos projets ? Un autre album en vue ?

Pour l’instant, je savoure ce premier succès. Je fais une pause. Mais j’ai déjà repris mes pinceaux pour peindre; aujourd’hui, j’ai envie de toiles. Je suis comme mon père. Il passait du mandole à la peinture et inversement avec le même amour et la même passion. En musique, j’ai un projet-rêve que je voudrais bien concrétiser : un album cent pour cent châabi, avec un grand orchestre traditionnel.

[Vidéo] Zebda – Les Petits Pas (Sortie en Août 2014)

« Les petits pas », premier extrait du nouvel album « Comme des cherokees », sortie le 25 août 2014.
Télécharger le single : http://po.st/LespetitspasiTunes
Clip réalisé par Thierry Teston

http://po.st/Zebda

Certains s’en sortent à la matière grise
Mais moi pour sortir de la mouise
Et du boulet qui entravait mes quilles
Pas torturé ma tête j’ai pris mes chevilles
C’était danser ou être savant
Bouger ses jambes ou les voir passer devant
L’une était Clyde et l’autre Bonnie
Pour éviter au tempo l’agonie

Sur …
Des petits pas de danse
Des petits pas de danse …funky
Des petits pas de danse
Des pas de chtah (x2)

La chanteuses Noura n’est plus

Décédée aujourd’hui des suites d’une longue maladie

La chanteuse Noura est décédée dimanche à l’âge de 72 ans dans un hôpital parisien suite à une longue maladie, a appris l’APS auprès de son entourage artistique dans la capitale française. L’auteur de « Ya Ness Amahou », épouse du musicien et compositeur Kamel Hamadi, a été admise à l’hôpital il y a une quinzaine de jours dans un état jugé grave, selon la même source. Née Fatima Zohra Badji, Noura est reconnue comme la première chanteuse qui a bénéficié du statut de star par des thèmes proches à tous les algériens en interprétant le thème de l’exil (ghorba) avec Gal el Menfi (le banni), le thème de l’amour avec Houa, houa (lui, lui) et en exploitant différents registres des folklores régionaux. Elle est la première chanteuse maghrébine à obtenir un disque d’or au début des années 70. Une soirée artistique a été organisée en mars 2012 à Alger en l’honneur de l’artiste, dont la discographie comporte plus de 500 titres de chansons en langues arabe, kabyle et même française.

APS 01/06/2014