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Héritier de l’enthousiasme de l’indépendance acquise par le Bénin au début des années 1960, le Poly-Rythmo a grandi avec les yéyés et Salut Les Copains en assumant un penchant pour James Brown et Johnny Hallyday à qui il rend hommage à travers des reprises de tubes…en version vaudoue !

C’est une véritable institution qui a accompagné les soubresauts historiques, culturels et politiques de l’Afrique de l’Ouest à l’heure des indépendances et de l’éveil d’une certaine identité panafricaine. L’enthousiasme des jeunes années d’indépendance, la Révolution, le multipartisme et le libéralisme avant de succomber à la hype occidentale grâce à la (re)découverte de leurs vinyles, souvent enregistrés autour d’un seul micro, désormais collectors. L’orchestre magique a encaissé les années sans succomber aux changements politiques.

Lorsque, en 1968, Eskill Lohento (décédé en 2006) et quelques amis montent cet orchestre, personne n’y croit vraiment. À l’époque, ce ne sont pas les formations qui manquent. Pourtant, dix ans plus tard, le Poly-Rythmo est l’orchestre qui accompagne les plus grandes stars de la musique africaine, parmi lesquelles la Togolaise Bella Bellow, les Congolaises Tshala Muana et Mbilia Bel, la Sud-Africaine Miriam Makeba… Mais si l’orchestre est reconnu par les professionnels, ce sont ses propres créations qui lui donneront le succès populaire. Angélina et Gbeti Madjro, deux chansons composées par Mélomé, rendront célèbre le groupe.

C’est la naissance de mélodies qui se définiront plus tard comme l’afro beat. C’est l’époque de Bailly Spinto en Côte d’Ivoire, de GG Vickey entre Paris et Cotonou, sans oublier les Golden Sounds du Cameroon, auteurs de l’intemporel Zangalewa récemment repris par la chanteuse colombienne Shakira pour la Coupe du Monde 2010.

Les hits s’enchaînent alors au fil des bals poussières de l’époque. Le succès est au rendez-vous, car L’Orchestre Polyrythmo de Cotonou, c’est avant tout un panel de rythmes s’étalant du cubain à la pop rock et réglés au clapet des pas africains. Le célèbre magazine portugais Publico le qualifia dans un article de « musique dure à définir, ni africaine, ni occidentale, ni du passé, ni du présent, mais tout simplement immortelle ». Pour le New York Times, il s’agit tout simplement « d’un des meilleurs groupes de Funk au monde ».

Cependant, même si l’orchestre a pu jouer avec  les plus grands et occuper les ondes de la radio nationale, il n’était jamais sorti d’Afrique avant 2007. Malgré l’engouement suscité à l’échelle nationale et régionale, rares sont les musiques africaines qui se retrouvent dans les classements internationaux, faute de moyens de communication et de soutien marketing efficace.

Et puis, à la fin du 20ème siècle,  le régime se durvit et le « live » se fit rare à Cotonou. Peu de bars survécurent aux couvre-feux et au pouvoir marxiste-léniniste qui imposait la diffusion de discours politiques dans les cafés et barrait ainsi la route à la musique « impérialiste » dont les influences occidentales étaient revendiquées : « Notre tube, Gbeti Madjro, a été diffusé sur la radio Voice of America à la fin des années soixante, précise Mélomé Clément, chef de l’orchestre depuis les débuts, en 1968. On m’a surnommé l’Américain, car ce pays m’a toujours fasciné. On a été tellement influencé par la musique américaine : James Brown, Wilson Pickett, Jimmy Hendrix…

Dans les années 1990/2000, le Poly Rythmo a bien failli périr dans l’oubli.

La conquête du nouveau monde depuis 2009 …

Le groupe est découvert par le reste du monde suite à une interview sur Radio France en 2007, pendant laquelle l’Orchestre confie à la journaliste Elodie Maillot son rêve de se produire au delà des frontières africaines. S’ensuivent des tournées en Europe et aux États-Unis, et leurs morceaux, qui n’ont pas pris une ride, sont réédités par des labels prestigieux comme Luakabop, Soundway et Analog Africa.

Des visas sont enfin établis, en août 2009 tous les membres originels du groupe encore vivants prennent enfin le chemin de l’Europe! Au programme : le Barbican de Londres, le Paradiso à Amsterdam, et la France n’est pas en reste : Printemps de Bourges, Escales de St Nazaire, Festival du Bout du Monde, Primavera Sound Festival (Barcelone), Festival International de Jazz de Montréal, l’ouverture du festival Jazz à la Villette, la Défense, de France, Les Nuits de Fourvière, Rio Loco etc.etc…

Le défi est relevé au-delà des espérances et les tournées s’enchaînent en 2010 : USA, Canada, Brésil, Angleterre, Afrique… Etendard d’un pays où le « vôdun » (vaudou) a son jour férié, le Poly-Rythmo a rebondi et assuré plusieurs tournées aux 4 coins du monde.

La cote de leurs vinyles s’est même envolée sur internet, et quelques rééditions sur des labels branchés (Luakabop, Soundway, Analog Africa) ont dévoilé leurs trésors passés.

Nouveaux enregistrements…

La première émission qui fit connaître l’Orchestre Poly Rythmo sur les ondes françaises s’appelait ‘Cotonou Club’ et évoquait les nuits perdues de Cotonou, la mort des orchestres et des bars dancing. La suite de cette histoire radiophonique et musicale est un album baptisé « Cotonou Club », mixé par Bruno de Jarnac.

Ne restait plus qu’à convaincre les éventuels incrédules que le Poly pouvait aussi entrer en studio après 25 ans d’absence. Le groupe s’est donc mis au vert dans le Loiret pendant deux semaines pour se pencher sur son immense répertoire, à coup de jam sessions, d’impros et autre fièvres afrobeat.

Nouvelles compositions et vieux souvenirs : le revival du Tout-Puissant conduit à un petit retour en arrière vers la mémoire de ceux qui ne sont plus (plusieurs décès parmi les musiciens du groupe originel). Le  nouvel album conjugue nouveaux morceaux et reprises de hits (comme « Gbeti Madjro » avec Angelique Kidjo qui commença la musique dans leur arrière-cour, ou encore C’est Lui Ou C’est Moi en duo avec Fatoumata Diawara- dernière signature du label World Circuit qui les a suivi pendant une tournée de 3 semaines en Angleterre.

Ne restait plus qu’à trouver un studio parisien entièrement analogique et des vieux micros vintage pour rappeler le temps des enregistrements aux côtés de Fela, à Lagos : une cave parisienne (dans le Marais) a fait l’affaire.

En 2010, le groupe se produit de Cotonou à New York en passant par l’Écosse et le pays de la samba. L’expérience a été si positive que de juin à aout 2012, une douzaine de dates sont de nouveau arrêtées dans une trentaine de capitales occidentales après la sortie de leur dernier album « Cotonou Club ». Malgré la ferveur des musiques ivoiriennes et européennes accentuée par la substitution des disc jockeys au live, la nostalgie de la belle époque demeure toujours intacte.

À l’heure des MP3 et d’Internet, Polytrythmo se fait une nouvelle jeunesse, au regard de l’engouement suscité et du nombre de clips postés et « likés » sur les réseaux sociaux. Un nouveau site internet d’une ergonomie très simple permet de mesurer l’ampleur du phénomène et l’héritage qui aurait pu être qualifié de vestige.

Malgré les disparitions de certains membres (batteur, chanteur, guitariste), le Poly-Rythmo version 21 ème siècle peut-il encore composer des tubes interplanétaires ?

A voir et à écouter

– Le site «  Le tout puissant poly-rythmo »

– « Cotonou Club », le premier album studio du groupe en 25 ans, est enregistré à Paris et sort en 2011 (Sound’Ailleurs / Universal Music Jazz). On y retrouve des collaborations prestigieuses avec le groupe Franz Ferdinand, qui admire la longue carrière, le son distordu et le groove imparable des Béninois, ou aussi Fatoumata Diawara et Angélique Kidjo.

– Un film-documentaire (en préparation) retracera leur parcours depuis les faubourgs de Cotonou jusqu’aux plus prestigieux festivals.

– L’édition limitée « Cotonou Club » est livrée avec le CD BONUS, « Radio Poly-Rythmo », qui revient sur la genèse du groupe et du projet, contient des lives inédits et autres surprises sonores, plus 3 vidéos documentaires exclusives.

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