Africolor 2018/ Ecouter l’Afrique dans son présent

Lundi 17 décembre 2018 – Maxime Longuet

Le festival créé au TGP il y a 29 ans a pris de l’ampleur mais réserve toujours une soirée à Saint-Denis. Le 20 décembre, Naïny Diabaté, chanteuse et joueuse de bolon malienne, partagera la scène avec Hasna El Becharia, « la rockeuse du désert ». Le musicien et chanteur marocain Aziz Sahmaoui leur succédera avec l’University of Gnawa.

« Quand on porte l’Afrique dans son nom, on a un devoir de fidélité et de représentation. Un devoir d’être à l’heure aussi. Nous devons écouter l’Afrique dans son présent », considère Sébastien Lagrave, directeur d’Africolor qui célèbre cette année sa trentième édition.

Depuis 29 ans, le festival se fait la caisse de résonance de l’Afrique accompagnant les mutations sociales et artistiques qui émergent sur ce continent. Comme à son habitude, le festival sera de passage à Saint-Denis au TGP avec une soirée de concert le jeudi 20 décembre. C’est d’ailleurs dans le CDN dionysien que tout a commencé. « Un jour, l’ancien directeur du théâtre Jean-Claude Fall avait demandé à Philipe Conrad [fondateur d’Africolor, journaliste et producteur musical, ndlr] d’organiser une nuit de Noël pour les travailleurs maliens qui vivaient en foyer… C’est comme ça que le festival est né et cette nuit de Noël a perduré pendant dix ans avant que l’événement ne prenne une autre ampleur. »

Coup de projecteur sur les musiciennes

Permettre aux musiciens africains d’occuper les scènes musicales est le combat que mène avec force le festival. De plus, Africolor s’affiche cette année avec un « -e ». Et pour cause, l’édition 2018 met un coup de projecteur sur les musiciennes. « Nous avons voulu programmer des entrepreneures culturelles comme la rappeuse kenyane Muthoni Drummer Queen, les chanteuses Rokia Traore et Naïny Diabaté entre autres… Ce sont des femmes qui montent des projets et s’organisent de manière autonome, sans demander la permission à quiconque, explique le Sébastien Lagrave, dénonçant le machisme dont les artistes féminines sont victimes. Le président du Burundi a récemment déclaré qu’il était interdit aux femmes de jouer du tambour. Au Mali, il est “socialement” défendu aux femmes de jouer du djeli ngoni [luth africain]. Mais plus généralement, en Afrique comme en Europe, l’accès aux postes à responsabilités est discriminant. Cette relégation est universelle », tient à préciser le directeur qui n’a pas attendu le mouvement Me Too pour mettre à l’honneur les femmes.

La production par Africolor du Kaladjula band (ensemble de musiciennes africaines) depuis cinq ans menée avec Naïny Diabaté illustre cet engagement. La chanteuse et joueuse de bolon malienne partagera d’ailleurs la scène du TGP avec Hasna El Becharia venue défendre les traditions musicales de son Sahara natal. « La rockeuse du désert » est un grand nom du guembri, instrument emblématique des gnawas, les descendants d’esclaves issus d’Afrique sub-saharienne. Parmi ces esclaves qui ont transité vers les royaumes arabes entre le VIIe et le XVe siècle, certains étaient des musiciens à qui l’on prêtait des pouvoirs de guérisseurs. Ces chamans d’un autre genre, les gnawas, se sont réunis en plusieurs confréries qui perdurent encore aujourd’hui. Le musicien et chanteur marocain Aziz Sahmaoui, l’un des représentants actuels de cette culture gnawa, succédera d’ailleurs aux deux musiciennes pour un second plateau jeudi 20 décembre au TGP.

« La culture gnawa, je suis né dedans, j’ai grandi avec, confie Aziz Sahmaoui. Pour les initiés comme moi, les cérémonies gnaouies, les Lila Gnawa, ont un caractère sacré. Ce sont comme des louanges que l’on adresse à des saints », soutient le chanteur qui cite à titre de comparaison les rites vaudous. Cette approche presque mystique de la musique gnaouie a attiré de grands musiciens comme les guitaristes Jimmy Hendrix ou encore Carlos Santana. Le co-fondateur et ancien membre de l’Orchestre national de Barbès sera accompagné de son University of Gnawa. L’occasion pour le groupe de présenter un album à paraître en janvier. Leurs rythmes fiévreux et leurs mélodies envoûtantes plongeront le théâtre dans la transe. Aziz Sahmaoui renouera avec l’esprit des débuts d’Africolor, quand son tout jeune Orchestre national de Barbès y était à l’affiche. « L’équipe d’Africolor est très active sur le terrain. Ils suivent vraiment leurs artistes programmés. Les gens qui travaillent de cette façon ce sont des saints. » Hommage leur sera rendu.

Maxime Longuet
https://www.lejsd.com/content/ecouter-l%E2%80%99afrique-dans-son-pr%C3%A9sent

Africolor, au TGP (59, boulevard Jules-Guesde), jeudi 20 décembre, à partir de 20h. Tarifs: 23 > 6€. Habitants Saint-Denis et Seine-Saint-Denis : 12€. www.africolor.com et www.theatregerardphilipe.com

[AUDIO] عندما يتكلم الرجال Mohamed El Badji

Entretien avec la radio El Bahja

Biographie express Mohamed EL Badji

Né en 1933, Originaire des Hauts plateaux de l’Est, d’El Eulma, il naquit à Belouizdad (Alger). Il écrit et compose des chansons que d’autres diront : Amar Ezzahi, Aziouz Raîs, Redha Doumaz et des dizaines d’autres. Son emprisonnement à Serkadji, durant la guerre de libération, l’a profondément marqué comme en témoigne sa chanson « Maqnine Ezzine » (Mon bel oiseau). Ayant une voix rocailleuse et profonde, son chant reste une quête permanente d’échapper à la douleur. Son attachement à la musique remonte à 1947. Il chante à l’occasion des fêtes populaires dans différents orchestres. Arrêté pendant la Grève des Huit jours, en 1957, il est torturé, jugé et condamné à mort. Son exécution n’aura pas lieu. Dans sa cellule, il fabrique une « guitare » de fortune d’où sortira la musique forte et triste de Maqnine Ezzine. D’autres compositions naîtront dont le célèbre « Bahr Ettofane » (Le Déluge).

[VIDEO] L’Odyssée de Fulay | Cheikh Sidi Bemol [DOCU]

Réalisation | Victor Delfim
Production | CSB Productions © 2017

L’Odyssée de Fulay, Chants Berbères Antiques
Un conte, douze mélodies. Un récit fantastique rythmé par les chants d’un troubadour accompagné de deux musiciens.
Il est question de légendes, de mythologies… où l’on apprend que les dieux grecs auraient abordé la Berbérie.

Dans ce spectacle à mi-chemin entre théâtre et concert, entre chant et conte, Cheikh Sidi Bémol explore l’histoire antique de l’espace berbère et nous invite à un voyage au cœur des légendes, des mythes présents chez tous les peuples de la Méditerranée. Le récit en français est ponctué par douze chansons en kabyle qui rythment les aventures fantastiques de Fulay, un artiste extraordinaire, célébré par les rois, adopté par les dieux, jeté aux enfers puis rendu aux siens. L’Odyssée de Fulay est librement inspirée de l’œuvre d’Apulée, célèbre auteur berbère de l’Antiquité.

Ce spectacle hybride se veut un hymne à l’ouverture d’esprit, à la curiosité et à l’échange, et espère ajouter une petite pierre à l’édifice infini de la lutte contre l’intolérance tout en demeurant une récréation festive tant pour les grands que pour les petits.

Photos reportage sur : www.victordelfim.com

Djamel Allam, en 1992. Photo: Pougeoise/SIPA

Mort du barde kabyle Djamel Allam

Anne Berthod Publié le 17/09/2018. Télérama.fr

Il était, avec Idir, l’autre voix illustre de la chanson kabyle. Le doux révolté algérien Djamel Allam, familier de la scène Rive Gauche des années 70, entre Moustaki et Lavilliers, s’est éteint samedi 15 septembre à Paris.

Trois jours après la disparition de Rachid Taha, la musique algérienne a perdu samedi une autre de ses icônes : Djamel Allam est mort à 71 ans, des suites d’un cancer, laissant la communauté arabo-berbère en deuil. Grande figure de la chanson kabyle dans les années soixante-dix, aussi bien en Algérie qu’en France et à l’étranger, il avait fêté en mai ses quarante ans de scène au Cabaret Sauvage, accompagné par une myriade d’artistes : Idir, l’autre légende kabyle, Majid Soula, mais aussi les baladins et les rockeurs de toutes génération, tel Hocine Boukella (de Cheikh Sidi Bemol), Amazigh Kateb, Ali Amran, Akli D… tous étaient venus le soutenir dans son combat contre la maladie et célébrer avec lui le répertoire d’un précurseur, qui fut le premier notamment à oser chanter dans sa langue d’origine sur les radios algériennes.

L’ami de Léo Ferré

Né en 1947 à Béjaïa, en Algérie, Djamel Allam a suivi au conservatoire les cours de Cheikh Sadek Bédjaoui, grand maître de chaâbi. Mais c’est à Marseille, à partir de 1967, qu’il a trouvé sa voie, au contact de Georges Brassens, Georges Moustaki, Bobby Lapointe et tous les artistes qui passaient à l’époque sur la scène du Théâtre du Gymnase, où lui-même travaillait comme machiniste. Léo Ferré était un ami (Allam l’a même invité à chanter quelques années plus tard dans son cabaret La Voûte, à Alger). Bernard Lavilliers, lui, l’a convaincu de monter à Paris, lui a fait découvrir les cabarets de la rue Mouffetard et l’a introduit auprès de la maison de disques Escargots.

Le barde World

Sorti en 1974, son premier album, Arguth, portait en germe tous les thèmes de son œuvre à venir : le mal du pays, le rêve des montagnes arides, la nostalgie des beignets chauds sur les plages d’Alger, la joie des retrouvailles, l’appel à la fête… Brassant chaâbi des villes et de chaoui berbère, blues et d’accents jazzy, en kabyle et en arabe, le barde algérien s’est d’emblée inscrit dans la grande mouvance world de l’époque. Cet album lui a également apporté la notoriété, avec des tubes comme Thella (« il y a une place dans mon cœur ») ou Maradiou ghal (« Quand il reviendra »), que reprendront plus tard Cheb Mami, Zebda et Yelli Yelli. C’est avec lui que le public français a découvert alors que les musiques d’Algérie ne se réduisaient pas aux roucoulades orientalisantes de Enrico Macias. « Ce n’est pas vous, Djamel Allam, qui auriez chanté Ben Guignol ou Ali Becassin’ pour rehausser le niveau de la culture algérienne », accusa ironiquement Pierre Desproges le 19 mai 1981, dans son drôlissime Réquisitoire contre Djamel Allam, après avoir appris que Chantal Goya venait d’être nommée chevalier des arts et des lettres.

L’homme en colère

Aujourd’hui présenté sur certains sites comme « le chaînon manquant entre la Kabylie et la Rive gauche », Djamel Allam était en réalité un enfant de nulle part, un baladin à la tignasse rebelle, à la fois le petit pâtre des collines de Béjaïa (qui dédia le titre Gouraya à la sainte patronne de sa ville), le hippie du port de Marseille et le titi de la Butte aux Cailles. Il était aussi l’homme en colère, qui dénonçait les violences et les guerres, comme sur Ourestrou, fameuse « complainte de la vieille » pleurant son fils mort au combat. Au total, le chanteur a laissé sept albums (de Arjouth au Youyou des anges, en 2008), quelques musiques de films (Prends 10 000 balles et casse-toiLa plage des enfants perdus…) et même un court métrage, Banc public, prix de l’Olivier au festival du film amazigh en 2013. Pour terminer, laissons encore la parole à Pierre Desproges, qui termina son pamphlet sanglant de façon plus sincère : « Djamel Allam : l’un des pionniers d’une longue caravane de chanteurs kabyles qui savent si bien rendre la beauté tragique des sauvages Aurès et le parfum envoûtant des citronniers en fleur. » Le barde kabyle, qui sera inhumé à Béjaïa, aurait sans doute apprécié l’épitaphe.

[AUDIO] Djazia Satour et Sophian Fanen, une voix, une plume [RFI MUSIQUE]

C’est la rentrée pour Djazia Satour et Sophian Fanen, une voix, une plume

Diffusion : Dimanche 16 septembre 2018

L’artiste franco-algérienne Djazia Satour sortira le 26 octobre son nouvel album Aswât (Les Voix). Djazia Satour a fait ses classes en tant que choriste pour Gnawa Diffusion (elle est la demi-sœur d’Amazigh Kateb). Après Klami et Alwâne, Djazia Satour revient avec un nouvel album intitulé Aswât (Des voix) qui explore, dans la veine subtile et personnelle que nous lui connaissons, l’héritage musical algérien. On reconnaît encore dans les compositions originales qu’elle propose les influences les plus actuelles, empruntées notamment à la folk indie et au groove d’une pop pétillante. L’inspiration s’infléchit cependant de façon marquée vers les genres traditionnels qui ont bercé ses premières années.

ECOUTER ICI >> Via RFI MUSIQUE

 

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Concerts 2018
18 et 19 septembre : à la Dame de Canton à Paris
20 septembre : à Montpellier au festival Arabesques

Titres diffusés de Djazia Satour
Neghmat Erriah, la mélodie des vents
Taleb Laman, le réfugié
Loun Lyam, la couleur des jours
Ida

Chaque mois, Sophian Fanen, journaliste au site Les Jours, propose ses 5 obsessions. Tenace

Sélection de Sophian Fanen
Ekuka Morris Sirikiti, English Record, tiré de la compilation Ekuka (2018, Nyege Nyege Tapes)
Happy Rhodes, Oh The Drears, tiré de la compilation Ectotrophia (2018, Numero Group)
Okonkolo, Wolenche Por Chango, tiré de l’album Cantos (2018, Big Crown Records)
Sandro Perri, In Another Life (Edit), tiré de l’album In Another Life (2018, Constellation Records)
Bugge Wesseltoft et Prins Thomas, Furuberget, tiré de l’album Bugge Wesseltoft & Prins Thomas (2018, Smalltown Supersound)

RFI MUSIQUES DU MONDE PAR LAURENCE ALOIR
De Mozart à Césaria Evora… C’est le RDV des 1001 musiques de RFI présenté par Laurence Aloir, avec des portraits, des entretiens, des sessions live au grand studio de RFI à Issy les Moulineaux et la tournée des festivals en son et en images qui bougent.

Via RFI MUSIQUE