Djamel Allam, en 1992. Photo: Pougeoise/SIPA

Mort du barde kabyle Djamel Allam

Anne Berthod Publié le 17/09/2018. Télérama.fr

Il était, avec Idir, l’autre voix illustre de la chanson kabyle. Le doux révolté algérien Djamel Allam, familier de la scène Rive Gauche des années 70, entre Moustaki et Lavilliers, s’est éteint samedi 15 septembre à Paris.

Trois jours après la disparition de Rachid Taha, la musique algérienne a perdu samedi une autre de ses icônes : Djamel Allam est mort à 71 ans, des suites d’un cancer, laissant la communauté arabo-berbère en deuil. Grande figure de la chanson kabyle dans les années soixante-dix, aussi bien en Algérie qu’en France et à l’étranger, il avait fêté en mai ses quarante ans de scène au Cabaret Sauvage, accompagné par une myriade d’artistes : Idir, l’autre légende kabyle, Majid Soula, mais aussi les baladins et les rockeurs de toutes génération, tel Hocine Boukella (de Cheikh Sidi Bemol), Amazigh Kateb, Ali Amran, Akli D… tous étaient venus le soutenir dans son combat contre la maladie et célébrer avec lui le répertoire d’un précurseur, qui fut le premier notamment à oser chanter dans sa langue d’origine sur les radios algériennes.

L’ami de Léo Ferré

Né en 1947 à Béjaïa, en Algérie, Djamel Allam a suivi au conservatoire les cours de Cheikh Sadek Bédjaoui, grand maître de chaâbi. Mais c’est à Marseille, à partir de 1967, qu’il a trouvé sa voie, au contact de Georges Brassens, Georges Moustaki, Bobby Lapointe et tous les artistes qui passaient à l’époque sur la scène du Théâtre du Gymnase, où lui-même travaillait comme machiniste. Léo Ferré était un ami (Allam l’a même invité à chanter quelques années plus tard dans son cabaret La Voûte, à Alger). Bernard Lavilliers, lui, l’a convaincu de monter à Paris, lui a fait découvrir les cabarets de la rue Mouffetard et l’a introduit auprès de la maison de disques Escargots.

Le barde World

Sorti en 1974, son premier album, Arguth, portait en germe tous les thèmes de son œuvre à venir : le mal du pays, le rêve des montagnes arides, la nostalgie des beignets chauds sur les plages d’Alger, la joie des retrouvailles, l’appel à la fête… Brassant chaâbi des villes et de chaoui berbère, blues et d’accents jazzy, en kabyle et en arabe, le barde algérien s’est d’emblée inscrit dans la grande mouvance world de l’époque. Cet album lui a également apporté la notoriété, avec des tubes comme Thella (« il y a une place dans mon cœur ») ou Maradiou ghal (« Quand il reviendra »), que reprendront plus tard Cheb Mami, Zebda et Yelli Yelli. C’est avec lui que le public français a découvert alors que les musiques d’Algérie ne se réduisaient pas aux roucoulades orientalisantes de Enrico Macias. « Ce n’est pas vous, Djamel Allam, qui auriez chanté Ben Guignol ou Ali Becassin’ pour rehausser le niveau de la culture algérienne », accusa ironiquement Pierre Desproges le 19 mai 1981, dans son drôlissime Réquisitoire contre Djamel Allam, après avoir appris que Chantal Goya venait d’être nommée chevalier des arts et des lettres.

L’homme en colère

Aujourd’hui présenté sur certains sites comme « le chaînon manquant entre la Kabylie et la Rive gauche », Djamel Allam était en réalité un enfant de nulle part, un baladin à la tignasse rebelle, à la fois le petit pâtre des collines de Béjaïa (qui dédia le titre Gouraya à la sainte patronne de sa ville), le hippie du port de Marseille et le titi de la Butte aux Cailles. Il était aussi l’homme en colère, qui dénonçait les violences et les guerres, comme sur Ourestrou, fameuse « complainte de la vieille » pleurant son fils mort au combat. Au total, le chanteur a laissé sept albums (de Arjouth au Youyou des anges, en 2008), quelques musiques de films (Prends 10 000 balles et casse-toiLa plage des enfants perdus…) et même un court métrage, Banc public, prix de l’Olivier au festival du film amazigh en 2013. Pour terminer, laissons encore la parole à Pierre Desproges, qui termina son pamphlet sanglant de façon plus sincère : « Djamel Allam : l’un des pionniers d’une longue caravane de chanteurs kabyles qui savent si bien rendre la beauté tragique des sauvages Aurès et le parfum envoûtant des citronniers en fleur. » Le barde kabyle, qui sera inhumé à Béjaïa, aurait sans doute apprécié l’épitaphe.

[AUDIO] Djazia Satour et Sophian Fanen, une voix, une plume [RFI MUSIQUE]

C’est la rentrée pour Djazia Satour et Sophian Fanen, une voix, une plume

Diffusion : Dimanche 16 septembre 2018

L’artiste franco-algérienne Djazia Satour sortira le 26 octobre son nouvel album Aswât (Les Voix). Djazia Satour a fait ses classes en tant que choriste pour Gnawa Diffusion (elle est la demi-sœur d’Amazigh Kateb). Après Klami et Alwâne, Djazia Satour revient avec un nouvel album intitulé Aswât (Des voix) qui explore, dans la veine subtile et personnelle que nous lui connaissons, l’héritage musical algérien. On reconnaît encore dans les compositions originales qu’elle propose les influences les plus actuelles, empruntées notamment à la folk indie et au groove d’une pop pétillante. L’inspiration s’infléchit cependant de façon marquée vers les genres traditionnels qui ont bercé ses premières années.

ECOUTER ICI >> Via RFI MUSIQUE

 

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Concerts 2018
18 et 19 septembre : à la Dame de Canton à Paris
20 septembre : à Montpellier au festival Arabesques

Titres diffusés de Djazia Satour
Neghmat Erriah, la mélodie des vents
Taleb Laman, le réfugié
Loun Lyam, la couleur des jours
Ida

Chaque mois, Sophian Fanen, journaliste au site Les Jours, propose ses 5 obsessions. Tenace

Sélection de Sophian Fanen
Ekuka Morris Sirikiti, English Record, tiré de la compilation Ekuka (2018, Nyege Nyege Tapes)
Happy Rhodes, Oh The Drears, tiré de la compilation Ectotrophia (2018, Numero Group)
Okonkolo, Wolenche Por Chango, tiré de l’album Cantos (2018, Big Crown Records)
Sandro Perri, In Another Life (Edit), tiré de l’album In Another Life (2018, Constellation Records)
Bugge Wesseltoft et Prins Thomas, Furuberget, tiré de l’album Bugge Wesseltoft & Prins Thomas (2018, Smalltown Supersound)

RFI MUSIQUES DU MONDE PAR LAURENCE ALOIR
De Mozart à Césaria Evora… C’est le RDV des 1001 musiques de RFI présenté par Laurence Aloir, avec des portraits, des entretiens, des sessions live au grand studio de RFI à Issy les Moulineaux et la tournée des festivals en son et en images qui bougent.

Via RFI MUSIQUE

Djazia Satour – Neghmat Erriah (La mélodie des vents) [CLIP]

Avant la sortie de son album « Aswât », la chanteuse algérienne dévoile en avant-première une version acoustique superbe du titre « Neghmat Erriah ».

Il y a quatre ans Djazia Satour sortait son premier album Alwâne, une variation libre entre influences musicales arabes et trip-hop, ballades pop et ragga. Comme un retour aux sources, la chanteuse revient cet automne avec Aswât (des voix), et mêle avec subtilité et poésie le chaabi de l’Alger des années 50, les rythmes ancestraux des bendirs, les mélodies raffinées du banjo, du mandole et les basses et les claviers analogiques d’une pop-folk lumineuse. Sa voix vous saisit, vous envoûte, l’artiste chante avec passion, ici exclusivement en arabe, la dépossession de l’exil et de l’errance, l’amour au milieu des tumultes du monde.

J’ai voulu que cette chanson, Neghmat Erriah (La mélodie des vents), ouvre l’album pour symboliser les voix que les vents nous apportent de toutes parts au mépris des frontières. Ces voix entremêlées deviennent distinctes dans les autres chansons pour exprimer chacune des espoirs, des attentes, des souffrances. C’est pour cela que l’album s’intitule Aswât (Des voix)… Djazia Satour

Depuis ses débuts auprès de Gnawa Diffusion puis du groupe trip-hop MIG, Djazia Satour explore la diversité des sons du monde avec créativité. Sur l’album Aswât, elle poursuit une recherche approfondie sur ces sonorités, animée par la maturité et le besoin de tendre l’oreille vers l’héritage d’ancêtres disparus : le mineur oriental se marie au blues, une valse à trois temps s’invite sur des rythmes chaâbi en se combinant à des samples de oud, et les bendirs de tribus imaginaires se syncopent avec les riffs de banjos les plus débridés.

Djazia Satour est en concert :
les 18 & 19 /09 – Dame de Canton – Paris (75) Release Parties de l’album « Aswât »
le 20/09 – Festival Arabesque – Montpellier (34)
le 29/09 – Centre Culturel – Louvroil (59)
le 06/10 – La Presqu’île – Annonay (07)
le 13/10 – La Source – Fontaine (38)
le 20/10 L’Accordeur – Saint Denis de Pile (33)
le 10/11 – Le Portail à Coucou – Salon en Provence (13)
le 08/12 – La Soierie – Faverge (74)
le 23/02/19 – Le Caf Muz – Colombes (92)
le 05/04/19 – Le Millenium – L’Isle d’beau (38)

http://www.djaziasatour.com/

Via FIP RADIO

Rachid Taha est décédé à 59 ans. LP/Frédéric Dugit

« RACHID TAHA A DONNÉ CHAIR AUX COMBATS D’UNE GÉNÉRATION » Naïma Huber-Yahi

Mercredi, 12 Septembre, 2018 . Le chanteur Rachid Taha est décédé cette nuit d’un arrêt cardiaque pendant son sommeil à l’age de 59 ans.

Naïma Huber-Yahi est historienne, spécialiste de la musique algérienne et maghrébine en France. Elle revient sur le parcours de Rachid Taha et son apport à la chanson française.

En quoi l’irruption du groupe Carte de séjour, en 1981, marque-t-elle une rupture dans l’histoire de la chanson de l’immigration ?

Naïma Huber-Yahi. Cette irruption est nourrie en amont par plusieurs années de mobilisations auprès des militants des luttes portées par les quartiers dès le début des années 1970. Ce « cri » en provenance de la banlieue lyonnaise, ce « rock beur » est né d’un mélange de mobilisations contre les crimes racistes et sécuritaires et de l’engouement pour la musique d’outre-manche. L’avènement de ce « London Calling » à la Française marque une rupture générationnelle forte avec les aînés qui chantaient les affres de l’exil et la nostalgie de la terre natale. Avec Carte de Séjour, les dimensions politiques et esthétiques changent radicalement : le message sera : « On est ici chez nous » et le métissage rock n’roll et langue arabe dialectale propose une nouvelle fusion d’avant-garde réjouissante.

Rachid Taha a tout aussi bien puisé dans le patrimoine musical français que dans la tradition algérienne. Comment cette double filiation a-t-elle influencé d’autres artistes ?

Naïma Huber-Yahi. C’est le premier artiste à revendiquer un patrimoine de l’exil et à permettre sa transmission au plus grand nombre. Ses reprises de « Douce France »  (1985) de Charles Trenet puis de « Ya Rayah » (1991) de Dahmane El Harrachi résument à elles seules sa démarche patrimoniale : à la fois d’ici et d’ailleurs,  il a fait de sa lutte contre le racisme et les discriminations sa source d’inspiration. En cela, il a permis à plusieurs générations d’artistes issus de l’immigration  de se réapproprier cette richesse culturelle et patrimoniale dans leurs créations.  Je pense ici à de grands artistes comme Mouss et Hakim, qui rencontrent le succès avec Zebda, pointure du patrimoine musical français et qui n’hésitent pas à se réapproprier le répertoire algérien de l’exil en 2007, pour l’offrir en partage à leur public. Suivra la génération des rappeurs comme le 113, le M.A.P., puis HK et les Saltimbanks et bien d’autres qui inscriront leur création dans cette démarche de réappropriation et de patrimoine.

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Slimane Azem artiste kabyle• Crédits : Association Génériques

[AUDIO] Barbes Cafés, Princes du Raï et sons du bled

Musiques africaines, une histoire parisienne (1/4)
Barbes Cafés, Princes du Raï et sons du bled (écouter ici)

Bien avant l’explosion du raï et les violences en Algérie, il y avait un Orient-sur-Seine à Paris. Dans les cabarets orientaux du quartier latin, on pouvait croiser Jean Marais, Cocteau, ou François Mitterrand avant de filer dans la première boutique de disques de Barbès, qui vend toujours des chansons de l’exil aujourd’hui quand le streaming a tué tous les disquaires.

Il y avait à l’époque 1 million ou 2 millions d’immigrés algériens en France et tout le monde habitait à l’hôtel : une chambre, un radio-cassette et un mange-disque

Avec les embauches puis les déboires, les cafés kabyles deviendront des lieux pour raconter la difficulté de l’exil et la nostalgie, incarné par le fameux scopitone (l’ancêtre du clip) de Slimane Azem : « Madame, encore un verre ! ».

Avant le bistrot pour les immigrés, c’était leur salon, leur cinéma, leur théâtre, c’est là qu’ils se retrouvent, qu’ils racontent leurs misères, qu’ils ont des nouvelles du bled, le café avait un rôle énorme. Méziane Azaïche, patron du Cabaret sauvage

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