Tagnawittude – Film documentaire

Date de sortie 6 juin 2012 (1h20min)
Réalisé par Rahma Benhamou-El Madani

TAGNAWITTUDE de Rahma Benhamou El MadaniOlivier Barlet

Rahma Benhamou El Madani raconte en début de film sa rencontre avec la musique de Gnawa Diffusion. Amazigh Kateb, fils de Kateb Yacine, compositeur et chanteur du groupe, en souligne la proximité avec le reggae et le flou de l’identité africaine de l’Afrique du Nord, que nous avions documenté dans le dossier du numéro 13 d’Africultures : Africanité du Maghreb. Chanteur algérien, Amazigh Kateb s’est intéressé à cette musique, profitant de cette ouverture d’un musicien gnawa qui dit qu’il suffit de jouer du guembri pour faire partie de la communauté ! Il mêle aux éléments musicaux et textuels les ingrédients d’autres influences pour bâtir ce qui fait le succès de Gnawa Diffusion : l’association d’une musique et d’un combat, dans un lien charnel, à l’image du lien des musiques gnawa avec leur fond traditionnel populaire, loin des pâles imitations que l’on rencontre ici ou là. La réalisatrice fait fi de toute introduction explicative, préférant évoquer ses souvenirs familiaux et laisser le spectateur entrer peu à peu dans la dynamique d’une musique et de musiciens au carrefour des cultures.

Le fait d’y entrer par le biais de son retravail en France par un musicien algérien lui permet de rompre avec la démarche ethnologique qui sous-tend nombre de films sur les Gnawas, leur musique, leur communauté et leurs rituels. Ces rituels, importés par les esclaves noirs au Maghreb (derdéba au Maroc, diwan en Algérie, stambali en Tunisie) font écho aux transes de possession du ndoep sénégalais ou du vaudou yoruba qui ont également essaimé dans le vaudou haïtien et le candomble afro-brésilien. Ils permettent de soigner ceux dont, comme dans le ndoep sénégalais, « un esprit est trop amoureux », raison pour laquelle ils manifestent des troubles : il s’agira alors de nommer cet esprit au cours d’une nuit de transe pour finalement l’apprivoiser en lui servant sur la durée à boire et à manger sur un hôtel dédié.

Introduite dans sa contemporanéité par Amazigh Yacine et son groupe, la démarche musicale et mystique gnawa peut alors être présentée par les témoignages des maalems (prêtres gnawas), notamment au festival d’Essaouira où tous se regroupent. Ici encore, ce n’est pas une approche scientifique mais une captation de paroles et de moments de rituels et de transes, car il ne s’agit pas pour la réalisatrice de comprendre mais de sentir, voire de ressentir à nouveau cette fascination éprouvée dans son enfance lors des rituels de sa mère. Cela fait-il un film, malgré la faiblesse des moyens et les défauts d’éclairage dans des lieux très fermés et dans le respect des rituels ? Pourquoi pas, si l’on n’attend pas de tout comprendre et de tout savoir, mais qu’on est tenté par la plongée dans ces pratiques ancrées dans des cultures noires qui puisent dans leur vécu l’énergie de se faire passeurs, vecteurs de valeurs, de sens, de sacré. Non pour proposer une nouvelle religion ou une nouvelle croisade mais pour que ceux qui se sentent en déphasage avec l’ordre établi, et développent de ce fait des révoltes ou des troubles, trouvent dans ces rituels la possibilité de le crier. L’objectif n’est pas d’éliminer le trouble mais de vivre avec, de s’en servir, de le gérer. L’enjeu de ces rituels est dès lors une subversion du lien social par la mobilisation d’une force créatrice originale, forcément dérangeante, à l’image de ce film inclassable mais bourré d’empathie.

– See more at: http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=10789#sthash.WRDMdQfL.dpuf

– Acheter le DVD http://www.filmsdocumentaires.com/films/3218-tagnawittude
– Suivre sur facebook https://www.facebook.com/pages/Tagnawittude/147241015718


GB Tagnawittude par GALAXIE-BERBERE

AMAZIGH KATEB . « Je travaille sur la musique cubaine »

Par

Les 5 et 6 juillet derniers, le groupe légendaire Gnawa Diffusion s’est produit à Alger dans une ambiance d’enfer où le taux de chaleur et d’humidité a failli exploser. Près de 5000 personnes se sont déplacées le premier soir au chapiteau du Hilton dans le cadre des soirées Well Sound. Un pic jamais égalé cette année. Amazigh Kateb s’est taillé une belle douche sur scène en faisant partager ses chansons à un public composé de jeunes en furie. Ces derniers baigneront comme ils le disent, dans un «hammam mixte». Rébellion, défoulement et émotion garantis. Loin du vacarme du concert, nous sommes partis à la rencontre de Amazigh Kateb et prendre la température de son actualité et ses projets artistiques des plus intéressants…

L’Expression: Vous rentrez de Cuba où vous avez participé à une résidence d’art. Un mot là-dessus…
Amazigh Kateb: c’était un voyage improvisé, pas vraiment une résidence, pas quelque chose d’officiel. On est un collectif d’artistes différents, il y avait des vidéastes, des plasticiens, des écrivains et moi en tant que musicien. On s’est dit que ça serait bien d’aller chercher quelque chose, soit qui est proche à l’Algérie, soit qui manque à l’Algérie. Se positionner en tant qu’artiste algérien au milieu de Cuba aujourd’hui. Cuba post-révolutionnaire un peu comme l’Algérie post-révolutionnaire. C’était intéressant de faire ce travail-là, voir les différences, voir où on se retrouve. Les points forts des uns, les points faibles des autres. Et tirer un bilan, car on a fait partie du même axe pendant longtemps. Il y a eu pas mal d’échanges entre les deux pays et il n’y a pas mal de similitude entre les deux pays. C’est un travail qui avait du sens sur le plan historique et politique par rapport à l’histoire de la révolution, après, moi, je suis parti aussi pour travailler avec des musiciens, des joueurs de tambour Bata (trois tambours qui sont différents jouant ensemble). C’est la principale chose que j’ai faite là-bas. C’est l’équivalent du gnawi. Il y a même des chansons où tu trouves des mots en arabe car a priori les esclaves qui ont été déportés là-bas, ils étaient déjà islamisés à l’époque, au XVIe siècle, un peu comme les gnawas. Il y a donc le même cheminement qui se dégage dans la mystique de leur musique. Il y a aussi les mêmes couleurs qui se retrouvent chez les deux. Par exemple, la couleur de la féminité chez les gens qui font de la santeria, c’est-à-dire cette tradition d’invocation d’esprits africains c’est le jaune y compris chez les gnawa. Idem que chez les berbères. Je me suis rendu compte aussi que les rythmes sont très compliqués d’aspect mais dès que tu trouves le ton, la référence rythmique, c’est pratiquement le même rythme.

L’exposition plastique est prévue en décembre. A quand le rendu de votre travail musical?
Aussi, en décembre, sous forme d’un concert bien sûr. Je ferai tout mon possible pour ramener les musiciens que j’ai rencontrés. J’espère pouvoir les ramener. J’ai rencontré quatre musiciens dont un qui est le dieu du tambour Bata, c’est un babalaao, l’équivalent d’un maâlem qui est Javier Campos, le maître de cérémonie, c’est lui qui dirige la cérémonie et il a une croyance incroyable des rythmes et une grande connaissance des nôtres. J’ai eu la chance de le rencontrer et il comprend très bien comment nous on fonctionne. J’ai joué aussi avec des musiciens qu’il a ramenés, deux percussionnistes et une chanteuse. Ça m’a donné l’envie de faire un travail particulier car ce n’est pas ma musique avec de la percussion cubaine que je vais faire, c’est plutôt une réécriture sur leur musique à eux. Je poserai un gumbri sur leur morceau. Peut-être plus. En gros, je vais chercher tout ce qui peut être algérien dans cette musique tout ce qui peut nous ressembler et tirer vers nous. Je fais la même chose dans ma propre culture, autrement tout ce que j’aime je le tire vers moi. Je fais ce tri dans ma culture. Remarquez que quand on ne connaît pas une culture, les premières choses auxquelles on s’accroche c’est ce qui nous ressemble. C’est-à-dire au lieu de faire ce qui me ressemble complètement c’est-à-dire ma musique avec un accompagnement de percussion cubaine, ce qui semblerait plus simple, je préfère moi jouer leur morceau à eux, chanter sur leurs mélodies à eux, réécrire en arabe sur leurs thèmes à eux, y mettre du gumbri… Ça, par contre, cela ne s’est jamais fait. C’est un autre type de rapprochement que certaines fusions qui ont déjà été faites. Ce n’est pas un plaquage. Ça peut être beau. Mais pour moi ce n’est pas vraiment une rencontre de deux musiques différentes. Là, je pars de leur tradition à eux en mettant de la couleur algérienne.

Ça fait quoi de chanter un 5 juillet?
Il n’y avait pas vraiment une ambiance de fête d’indépendance. C’était un hammam, un défouloir, j’avais presque l’impression d’être dans un stade. Il y avait une grosse énergie.

C’était plutôt une ambiance de fête de la liberté. D’ailleurs, à chaque fois que je viens pendant le Ramadhan je suis, toujours dans l’étonnement. Les gens en général sont calmes la journée, le soir ils mangent, ils doivent digérer… Je m’attends toujours à un truc qui monte doucement. Le premier soir où je suis monté sur scène, je n’entendais plus rien. J’ai pris le micro, moi-même je ne m’entendais pas. Ils ont de la voix. Pour ce coup-là, j’aime bien, parce que je viens de rentrer de la Havane et je suis dans cette dynamique-là. J’ai ramené avec moi du boulot, les répets que j’ai fait filmer et je suis en train de travailler sur ces morceaux à Alger. Le fait de travailler cela à Alger, pour moi, ça a vraiment un sens. Prendre cette matière et l’asticoter ici, faire des concerts ici et repartir avec cette énergie, sachant que le rendu sera d’ici le 15 décembre ça va vraiment dans la direction du travail qui a commencé à Cuba!

Dans Hlel Leyla, chanson phare du film Wahrani vous dites «gamrati meila». Qui dit lune dit aussi étoile. Ça évoque pour moi l’étoile de Nedjma qui est peut-être celle du déclin du pays qui périclite dans le film…
Il y a une relation avec le croissant du drapeau en fait. El gamra meila ça vient d’une image réelle que j’ai vu un soir à Alger. La veille du tremblement de terre, le 20 mai 2003. J’étais en vadrouille à Alger. Je revenais d’une soirée gnawie. En descendant à Alger on cherchait quelque chose à manger…En passant à côté du virage de l’hôtel El Aurassi, je regarde le ciel et je trouve le drapeau algérien du Palais du gouvernement et la lune au-dessus de lui mais dans l’autre sens et j’ai trouvé cette image très symbolique, dans le sens où nous sommes à contre courant pas seulement de la terre mais y compris de la lune. J’ai voulu prendre une photo de ça et filmer et la police nous a vus! J’ai essayé de les convaincre en leur disant que je vais faire un clip en prétextant de l’esprit patriotique. Ils n’ont rien voulu savoir. Quatre inspecteurs sont arrivés dont l’un qui m’a demandé si j’étais l’auteur de N’houru Jamaika, j’ai répondu que oui. A ce moment-là il nous ont relâchés. Ça vient de là. C’est une vieille anecdote. «Gamra meila» et bien parce que c’est la nuit où tout bascule. C’est dans le film. C’était une commande. Au départ, j’avais commencé à écrire quelque chose proche de l’histoire et puis petit à petit j’ai extrapolé.

Vous pensez quoi de la crise qui vient de secouer la Grèce, vous qui êtes un anti-impérialiste né?
L’Europe est un instrument des Américains. Le squelette économique de l’Europe date de Hitler. Après c’est devenu un projet américain. Ce sont deux Américains qui ont pensé faire un bloc européen. Le projet de l’Europe est simple, faire en sorte que les états dépendent de la banque européenne qui elles dépendent des plus grosses américaines mais il se trouve qu’elle ne sont pas qu’américaines, elles sont anglaises, hollandaises etc. C’est elles qui gouvernent l’Europe. En gros, ce que subit la Grèce aujourd’hui, c’est ce que l’Algérie a subi à l’époque du plan FMI dans les années 1980. C’est ce qui a précédé octobre 1988. On ne le dit jamais ça. Ce qui a cristallisé la revendication intégriste, c’est le fait d’avoir mis l’Etat dans une posture de pression sur la population.

On a demandé à l’Etat de rembourser des dettes rapidement en faisant pression sur les salaires, les retraités ce qui a fait que le FIS a commencé à dire «regardez cet Etat n’est pas notre Etat!» Ils ont commencé à brosser un discours autour d’un Etat qui est en train de changer passant du système socialiste à un système mondialisé et dès que tu rentres dans un système mondialisé tu as affaire aux banques. Ce que subit la Grèce c’est ce qu’a subi le Mali récemment. Le plan du FMI a mis le Mali à genoux avant que la France ne rentre. Pourquoi l’armée malienne s’est retrouvée sans argent, sans arme, sans habit, sans essence? c’est par ce qu’on leur a imposé un plan du FMI. On leur a demandé de faire du coton au moment où les Indiens et les Chinois pulvérisent le marché du coton en le vendant à des prix imbattables, le plus bas du monde, les autres ils ne pouvaient que se manger entre eux. Le premier ennemi du peuple aujourd’hui ce sont les banques!

lexpressiondz.com

Yalhane Mécili. «Pour rendre les coups, j’ai pris la plume»

Yalhane Mécili. Rappeur et fils d’Ali Mécili

Le fils porte haut la mémoire et le combat du père. Telle est l’histoire de Yalhane ou I-grek, fils du défunt Ali Mécili. Dans sa toute dernière chanson «Tagara n ugrawliw» (La fin d’un révolutionnaire, ndlr), diffusée sur Internet, le rappeur franco-algérien hausse davantage le ton pour dénoncer l’impunité dont bénéficient les assassins de l’ancien numéro deux du FFS depuis le 7 avril 1987.

Votre dernière chanson  partagée sur les réseaux sociaux est un hymne à votre père. Pourquoi un tel titre à ce moment bien précis de votre vie ?

Avant d’être un hommage à mon père, cette chanson évoque d’abord les sentiments d’un enfant confronté à un événement d’une violence inouïe venu soudain s’abattre sur sa famille. Un événement auquel il n’avait pu se préparer et qui le laisse dans un état d’effroi et d’incompréhension. Il aura fallu toutes ces années pour que je parvienne enfin à en parler, à en faire une chanson, comme pour exorciser les démons qui me poursuivent.

Cet hommage est fait en kabyle. Quel sens devrons-nous donner à ce choix inhabituel ?

C’est d’abord en souvenir du combat de mon père pour la langue et la culture berbères, partie intégrante de son combat plus large pour les droits de l’Homme et la démocratie en Algérie. A la maison, on écoutait les 33 tours d’Idir, Djurdjura, Aït Menguellet, Ferhat Imazighen Imula, etc. La musique kabyle moderne des années quatre-vingts a bercé mon enfance, avant que je ne découvre le rap français et commence à écrire mes premiers textes. Ma dernière chanson, Tagara n ugrawliw, est une sorte de mélange de ces deux courants musicaux, qui ont en commun des thèmes plutôt contestataires et une forte dimension poétique.

Et puis, c’est pour la raison la plus simple du monde : par amour pour cette langue tamazight qui nous vient de si loin, menacée de disparaître et pourtant toujours bien vivante. Comme vous le savez, ce n’est pas ma langue maternelle, je l’apprends depuis bientôt trois ans et j’ai très vite ressenti le désir d’écrire et de chanter en kabyle.

Bien sûr, mon kabyle est loin d’être parfait, il est encore teinté d’accent parisien, mais comme on dit : yal yiwen s teqbaylit-is ! (A chacun son kabyle, ndlr).
Le texte de cette chanson, justement en tamazight, est-il un cri de désespoir ou d’espoir de voir un jour les assassins d’Ali Mécili punis ?

C’est plutôt un cri d’espoir, un cri contre l’oubli, et ce cri ne s’arrête pas seulement à mon histoire personnelle. Il concerne le peuple algérien dans son ensemble qui a besoin de vérité et de justice – sur son Histoire même, sur les assassinats politiques, l’implication des services secrets pendant la décennie noire, les disparus, etc.- pour pouvoir avancer sereinement.  On ne peut rien bâtir de durable sur le mensonge, l’arbitraire et l’amnésie décrétée.

Dans ce sens, la justice française risque de fermer définitivement le dossier d’instruction en septembre prochain. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que ce serait un déshonneur pour la France et pour les valeurs qu’elle prétend incarner. Cela équivaudrait à une soumission pure et simple de la justice française au pouvoir algérien. Et cela signifierait clairement que les crimes politiques peuvent demeurer impunis sur le sol français ; au nom de la  «raison d’Etat»… Je pourrais même dire au nom d’une «double Raison d’Etat»…

Question plus personnelle si vous le permettez : comment votre famille vit-elle cette situation, notamment la manière dont le gouvernement français a fait la sourde oreille devant les lettres ouvertes d’Annie Mécili ?

Ma famille, bien qu’usée par ce silence assourdissant, n’abandonne pas. Et ce sont le soutien indéfectible et la détermination de tous nos amis et des militants fidèles depuis toutes ces années qui nous donnent le courage de continuer…

Et que compte faire votre famille sur le plan juridique face à l’éventuelle confirmation d’un non-lieu par la Cour d’appel de Paris en septembre prochain ?

Je ne peux même pas envisager un tel déni de justice et un tel encouragement à l’impunité de la part d’une justice qui se veut indépendante. En tout état de cause, si cela devait advenir, vous n’êtes pas sans savoir que d’autres recours sont envisageables et notamment devant la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Au-delà de cette affaire de justice qui vous empêche de faire le deuil de votre père, vous avez choisi la musique pour défendre et poursuivre son combat pour une Algérie démocratique. Quelle est la différence entre l’engagement artistique et l’engament politique ?

Il n’y a pas, selon moi, de différence de fond entre l’engagement artistique et l’engagement politique. Tout dépend de la sincérité de cet engagement. Personnellement, j’ai avant tout choisi l’écriture pour m’aider à supporter la vie, à l’affronter, et pour m’apaiser intérieurement. Quant à l’engagement que l’on peut trouver dans certaines de mes chansons, pas dans toute, il s’est imposé à moi du fait de la singularité de ce que j’ai vécu et ne relève pas d’une posture : fils d’un opposant algérien abattu en plein Paris, et dont le meurtre demeure à ce jour impuni.  Je n’ai pas choisi l’engagement, je ne suis pas sûr d’avoir eu le choix ! Et pour rendre les coups, même si le combat est inégal, j’ai pris la plume. D’ailleurs, je viens de terminer un roman que j’aimerais voir éditer.

Et bien sûr, je poursuis la chanson, en français, et probablement aussi en kabyle. De nature plutôt réservé, calme et peu bavard, j’abrite pourtant beaucoup de colère. L’écriture et la chanson me permettent en partie de l’évacuer. 

Ghezlaoui Samir
http://www.elwatan.com/hebdo/magazine/pour-rendre-les-coups-j-ai-pris-la-plume-09-07-2015-299279_265.php

Hindi Zahra, la patrie du cœur. Deuxième album, Homeland

Hindi ZahraRFI – 14/04/2015. Ces dernières années, Hindi Zahra aura passé le plus clair de son temps à parcourir le monde au rythme de son élément préféré, la scène, et puis elle sera retournée vivre un temps au Maroc, le pays de ses origines. C’est là-bas que la chanteuse a imaginé une bonne partie d’Homeland, son deuxième disque. Bien dans la lignée de ses premières expériences, il fusionne le blues du désert, les boléros et les airs jazzy dans des chansons pop toutes simples mais toujours diablement élégantes. Rencontre avec une fille de caractère qui sait pourquoi elle prend son temps.

Cinq ans se sont écoulés depuis la sortie de votre premier disque, Handmade. C’est le temps qu’il vous faut pour écrire un album ?
C’est le rythme du chameau. Le chameau avance lentement, mais d’un pas sûr. Il n’a pas besoin de beaucoup d’eau mais il peut parcourir une grande distance. Il faut du temps pour construire des chansons qui s’inscrivent dans la durée, écrire des choses éphémères ne m’intéresse pas.

Homeland/la patrie, qu’est-ce que cela signifie pour vous qui êtes née au Maroc et êtes arrivée en France adolescente, dans le cadre d’un regroupement familial ?
En allant au Maroc, je pensais me rapprocher de mes origines mais une fois de plus, le Maroc m’a projeté ailleurs. Je suis berbère, je suis une fille du sud, on a cette culture nomade. Même au Maroc, je ne suis pas née où sont mes origines, je viens d’une famille de militaires, on allait d’une ville à l’autre… Ces dernières années, j’ai joué un peu partout dans le monde, jusque dans des pays où je n’aurais jamais imaginé aller, et ce que nous apprend le fait d’être tout le temps en transit, c’est en définitive que notre patrie est en nous, à l’intérieur.

Sur le fond, vous n’avez pas changé, vos disques sont toujours composés de chansons pop très légères. Mais il y a une grande nouveauté ici, la percussion…

J’ai fait la connaissance de Rhani Krija, un grand percussionniste qui a travaillé avec Sting, avec Stevie Wonder, et je me suis dit que si je rencontrais quelqu’un comme lui, il fallait que ça donne quelque chose. Il est venu avec une camionnette de percussions, il a tout installé dans le riad où je logeais à Marrakech, et pendant cinq jours, on a enregistré les percussions. Une fois que j’ai eu ces percussions avec le bon clic, les mélodies sont venues, cela a été une base pour une bonne moitié de l’album. The blues, j’avais cette guitare en tête (elle chante la mélodie)… La percussion, c’est aussi le contact avec la peau, la transe. Des musiciens comme Led Zeppelin l’ont utilisée et c’est cette transe qu’on retrouve dans le blues d’Ali Farka Touré ou même, dans la mesure à 6/8 de Fela Kuti.

Quels sont les thèmes de cet album ?
L’amour ! J’ai rencontré quelqu’un et il a en quelque sorte été ma muse. Dream, Silence, Un jour, La luna, c’est lui…

La chanson Broken Ones, la plus triste et la plus obsédante de ce disque, n’est donc pas une chanson d’amour malheureuse.
Non, en effet, elle parle de deux enfants que j’ai vus et qui avaient déjà des visages d’adultes, parce qu’ils ont été cassé par la vie. Qu’un adulte soit marqué, cela peut s’imaginer, mais un enfant, non. Dans cette chanson, je me suis donc demandé ce que pouvaient devenir ces gens qui ont été cassés dès la naissance. Cette chanson pourrait se passer dans la rue, n’importe où dans le monde, mais elle peut avoir pour cadre un foyer, juste parce qu’une personne est prisonnière de ce qu’elle est. L’une des filles qui m’a inspiré cette chanson vivait d’ailleurs dans un foyer, elle avait une famille.

Vous avez récemment participé au disque hommage à Nina Simone, Autour de Nina, pour lequel vous avez interprétez Just Say I Love Him. Qu’est ce que Nina Simone représente pour vous ?

(Dessinant un A majuscule du doigt) L’artiste à 360 degrés… On l’a rejetée aux Etats-Unis parce qu’elle critiquait son pays, mais en voyant cette société, j’ai pu comprendre cette attitude. Elle rêvait d’être concertiste, c’est-à-dire une artiste élitiste, mais n’a jamais pu l’être, sans pouvoir faire ce qu’elle voulait, elle a accompli de grandes choses dans la musique populaire. Elle était dure, oui, mais en l’écoutant, on se rend compte qu’elle a tout sacrifié pour la musique, qu’elle a fait passer sa musique avant elle même. En étant chanteur, on sacrifie cette sécurité, on ne sait jamais de quoi demain sera fait, alors que c’est ce que tout le monde cherche un peu à avoir dans notre société.Le clip de Beautiful tango, la chanson qui vous a fait connaître, a été tourné par le cinéaste Tony Gatlif et vous avez fait vos premiers pas au cinéma…
Vous voulez dire qu’il y a une signe ? (large sourire) Faire l’actrice, c’était pour moi l’occasion de découvrir quelque chose. Sur un plateau de cinéma, il y a 300 personnes, plein de métiers, cela permet de se nourrir, et on touche à des budgets énormes qui ne sont pas ceux de la musique. Il n’y a jamais 300 personnes qui travaillent sur un disque, donc, si je peux participer à cela, même pour cinq jours, pourquoi pas ? J’ai fait de mon mieux pour bien faire et je crois que j’ai bien fait. Et puis, c’était pour des réalisateurs comme Tala Hadid ou Fatih Akin… Le cinéma est différent de la chanson parce qu’être actrice, c’est être soi-même dans le corps d’un autre, alors qu’être chanteuse, c’est chercher à être le plus possible soi-même.

 

Hindi Zahra, Homeland (Parlophone), 2015
Site officiel d’Hindi Zahra 
Page Facebook d’Hindi Zahra

A écouter: La session live avec Hindi Zahra dans La Bande Passante (16/04/2015).
                                                        
En concert le 20 mai à La Cigale à Paris.